Wounded Knee

Sans titreLes militaires réquisitionnèrent des civils. De grosses charrettes de fermiers pénétrèrent dans le campement détruit. Ce fut une moisson sinistre. On voit rarement de telles charrettes remplies de morts. Des mains roidies passaient entre les barreaux. La chair avait gelé.

Il fallut une fosse. La pioche heurta la terre, le mince permafrost de l’hiver. Enfin, la terre devint plus tendre, plus chaude. Une fois que les pelles eurent fini de gratter, trois hommes sautèrent dans le trou. Cela pris du temps, on se passait les morts un par un, on les dépouillait de tout ce qui pouvait se vendre. On les tenait par les bras et par les jambes : un, deux, trois ! Et hop ! on les jetait dans le vide. On avait des vertiges à cause de la fatigue et de la puanteur qui montait. Les cadavres s’empilaient, on travaillait, le foulard sur la bouche. On sifflotait en se passant une chique pendant la pause. Et puis ça recommençait, les bras et les pieds, le corps qu’on balance. Un homme endormi. Un autre endormi, un autre, ils dorment tous ! Et ils roulent la tête sur le côté et leurs bras se coincent sous le ventre dans une pose étrange. Et toujours les visages, ces yeux morts, l’oeil de cheval. Cent. Ça fait cent cadavres. Cent un, cent deux, cent trois. On empila quatre-vingt-quatre hommes, quarante-quatre femmes et dix-huit enfants. D’abord une rangée qu’on recouvrit de vieilles couvertures, puis une autre rangée dans l’autre sens ; et ainsi de suite. C’était le 2 janvier 1891.

Eric Vuillard

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