ça a duré dix ans…

Nous ne vous laisserons pas un instant de paix, tant que vous vacillerez. Ça a duré dix ans, ça vous a transformés, vous êtes plus retors encore aujourd’hui que vous étiez hargneux hier, et nous sommes vaincus, et nous avons plié, et nous ne cessons pas de chercher dans nos coeurs, le pli de nos cerveaux, les méandres de nos émotions, ce qui a fait l’échec, la part que nous y avons eue, nous sommes des hommes qui prennent leurs responsabilités morales. Uomini e no. Vous, hommes de ces Etats, petits et grands, de ces Eglises, de ces palais et de ces officines, décisionnaires et exécutants, pas un instant vous n’avez songé, en proclamant ouvertes ces belles saisons de bals, à ceux qui s’engouffrèrent joyeux entre les grandes portes des salons d’apparat où brillaient les orchestres pour en sortir en sang, démembrés et aveugles, criblés de bris du verre de la raison d’Etat, jamais vous n’avez éprouvé fût-ce l’ombre d’un regret, nécessité fait loi. Francesco Cossiga, cinquante ans au moment de l’affaire Moro, soixante-dix huit quand il raconte l’histoire, ministre de l’Intérieur et pilote de l’Etat italien, en tandem avec Andreotti, au long de cet enlèvement, de cette séquestration, de cet assassinat qui de toute évidence arrangea bien des gens, ose dire face caméra le souci terrible que lui a donné cette affaire, la perte de son ami l’onorevole Aldo Moro, exhiber les plaques blanches sur les mains et les bras comme preuve de cette peine extrême, infinie, indélébile inscrite à même son corps…

Mathieu Riboulet

Entre les deux il n’y a rien

Verdier

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Cadaquès après le désastre nuageux

Le compas donne le port droit devant et rien, même pas un bruit.

Sur une longue risée un peu plus fraîche, la brume se relève d’un coup et elle a la surprise d’entrevoir le halo des feux, rouge à gauche, vert à droite : la passe du port.

Allumés en plein jour.

Elle longe le quai les yeux hallucinés, hurle pour évacuer son angoisse et ce faisant réveille le vieillard.

Une nécropole s’offre aux regards effarés de Joëlle et de Pierre qui pour le coup quitte son fauteuil.

Une fièvre violente avait balayé le Saint-Trop’ espagnol, des morts partout, gisant où l’asphyxie les avait frappés, corps écartelés, visages bleus ou noirs, de schtroumpfs aux yeux révulsés, sang caillé dans la bouche et les narines, membres dressés, tordus.

Ils débarquent au milieu des bateaux amarrés. Tout est resté en place. Nul n’avait tenté de fuir ?

Ils s’enfoncent plus avant dans le cauchemar.

Au premier abord, ils ne comprennent pas. L’atmosphère est respirable à peu près partout mais les recoins sentent le chou pourri, comme si le nuage mortel qui était passé par là avait signé le massacre avant de quitter les lieux, pour un temps, repoussé par le vent de terre.

Michel Torres

La saga de Mô

6 – Malaïgue

publie.net

https://www.publie.net/livre/saga-de-mo-t-6-malaigue-michel-torres/

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Fraction du muet

Les pierres se serrèrent dans le rempart et les hommes vécurent de la mousse des pierres. La pleine nuit portait fusil et les femmes n’accouchaient plus. L’ignominie avait l’aspect d’un verre d’eau.

Je me suis uni au courage de quelques êtres, j’ai vécu violemment, sans vieillir, mon mystère au milieu d’eux ; j’ai frissonné de l’existence de tous les autres, comme une barque incontinente au-dessus des fonds cloisonnés.

René Char

inédit paru

dans le journal La Provence le 3 janvier 1965

(article de Henry Bonnier)

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En suivant he ou lui, l’homme en cape

Quelque chose dans la nuit incita l’homme en cape à garder le silence, et pendant toute une heure il m’emmena sans besoin de prononcer un mot ; hors quelque bref commentaire surtout à propos d’anciens noms, dates et changements, et m’indiquant les directions par geste, alors que nous nous glissions dans d’étroits interstices, traversions des couloirs sur la pointe des pieds, enjambions des murets de briques, et même une fois rampâmes sur les mains et les genoux sous un étroit passage de pierre voûté dont la longueur sans fin et les coudes tortueux m’effacèrent toute possible mémoire du parcours que je tentais d’établir. Et les choses qui se révélaient à nous étaient vieilles et merveilleuses, ou semblaient l’être dans ces quelques rayons rasants de lune blême par lesquels je les découvris, et je n’oublierai jamais ces colonnes ioniques chancelantes, ces pilastres cannelés, ces ornements en urnes de métal ou ces fenêtres aux étroits meneaux et impostes décoratives qui semblaient de plus en plus désuètes et étranges à mesure que nous nous enfoncions plus profondément dans l’inépuisable dédale d’une ancienneté inconnue.

H.P. Lovecraft

He/Lui

traduction François Bon

tiers.livre éditeur

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Un inconsolé.. Panaït Istrati

Qui de moi ou du mainate a commencé la discussion ? Je ne sais plus. Peut-être était-ce la bouteille de vodka entre nous deux. Je lui ai dit : «Tu parles presque aussi bien que tu ne chantes.» Et lui de me répondre : «C’est parce que je ne fais ni l’un ni l’autre. Simplement je pleure dans toutes les langues.» Je lui ai demandé : «Pourquoi pleures-tu ?» et il m’a répondu : «Voilà bien la question de celui qui est du bon côté de la cage. «Alors, je lui ai raconté Panaït Istrati. Lui aussi, vois-tu, pleurait dans toutes les langues. En roumain, en grec, en turc ou en français. Il est né à Braïla et mort à Bucarest. Entre les deux, il a goûté à tous les ciels de la Méditerranée, à toutes les neiges des Balkans, aux sels de chaque port et au sel de chaque plaie. Ecoute l’histoire de Panaït Istrati, le Jack London roumain, le Gorki des Balkans, le conteur des mille et une nuits de la Haïdouki. Il a connu les gloires et les misères, les doux vagabondages et les succès brûlants. Il a appris le français en lisant les livres de Romain Rolland. Lorsqu’il tenta de se suicider en se coupant la gorge un soir de 1921, il fut sauvé in extrémis par un passant qui trouva dans sa poche un courrier pour Romain Rolland. L’écrivain reçut la lettre et, touché, ne cessa de l’inciter à écrire son oeuvre de rêve et de vie. C’est ce qu’il fera, dans sa langue de fable et de sable où l’Orient des mendiants se mêle à la fierté des insoumis. Ainsi Le Chant des baïdouks, ces brigands justiciers contre les mercenaires et les seigneurs injustes. Dans ses récits qu’il déroule sans fin comme la fumée d’un narguilé, tsiganes, Roumains, chrétiens, Turques, paysans, mendiants, esclaves, voleurs, filles de harem, tout se mêle dans des chansons de geste à la fois réalistes et épiques, fumeuses et sanglantes. Et par la magie du récit, c’est dans le vrai que l’on respire, dans l’humaine injustice et dans l’humaine fierté. Il chante ceux qui souffrent sans se rendre. Tous immenses, tous moins que rien. De l’enfant au vieillard, du pauvre hère au grand voleur, de la vieille paysanne à la belle insoumise. Il est le Homère dans la gadoue des Balkans de ce vingtième siècle titubant. Il meurt sali par les communistes dont il a osé critiquer l’imposture («Je vois bien les oeufs cassés mais où est l’omelette ?»), abandonné par ses amis roumains dans un sanatorium de Bucarest, ruiné et tuberculeux, mais avec toujours au fond des yeux cette flamme qu’il a cachée dans ses livres, celle de la beauté de l’insoumission : «L’enfant c’est le révolutionnaire. Par lui, les lois de la création se renouvellent et foulent aux pieds tout ce que l’homme mûr a édifié contre elles : morales, préjugés, calculs, intérêts mesquins. L’enfant est le commencement et la fin du monde ; lui seul comprend la vie parce qu’il s’y conforme, et je ne croirai à un meilleur avenir que le jour où la révolution sera faite sous le signe de l’enfance.» Ecoute la plainte de toutes les couleurs de Panaït Istrati, il a fait de ses larmes des lames de guerriers. J’ai laissé le silence s’installer, assez heureux de mon petit effet, attendant la question du mainate. Il avait filé par les toits avec la corde de ma voix.

Thomas Vinau

Des étoiles & des chiens

76 inconsolés

Le Castor Astral

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De la souffrance

Pour celui qui ne jouit plus de l’aisance, de la liberté, de l’état d’esprit nécessaires pour la surmonter, la souffrance n’est qu’une atroce nuisance. C’est pourquoi il faut savoir compter sur autrui pour être capable, dans une situation difficile, de trouver les ressources pour en tirer profit. Le rôle vital de l’autre dans une épreuve ne saurait toutefois occulter un devoir premier : tout mettre en oeuvre pour supprimer la souffrance.

Répétons-le ! La souffrance ne grandit pas, c’est ce qu’on en fait qui peut grandir l’individu. Nul besoin de souffrir pour s’épanouir, nul besoin de connaître l’isolement pour apprécier la présence de l’autre. D’éminents chercheurs ont dépensé temps et énergie à vanter les mérites de l’épreuve, les bienfaits de l’échec. Il faut faire ses expériences, dit-on. Certes, mais les accumuler ne suffit pas. On risque de trouver dans cette rhétorique une invitation à la fuite, un prétexte futile pour infliger des peines. Par un jeu de mots (ta pathémata mathemata : ce qui fait souffrir nous enseigne), les Grecs ont tenté de forger une attitude, bien plus subtile, à opposer aux tourments, à ce qui blesse et détruit. J’y trouve un outil. Nommée algodicée, elle part de l’expérience que voici : rien de pire qu’une souffrance gratuite, absurde, dépourvue de sens. Alors que la jeune mère oublie allègrement les douleurs de l’enfantement, que le trophée du vainqueur fait disparaître courbatures et égratignures, les souffrances gratuites et stériles ne s’effacent jamais. Elle nous dépossèdent, nous privent peu à peu de la liberté. Ainsi, face au scandale et surtout à l’absurdité de ce qui fait mal, les Anciens convient à tout mettre en oeuvre pour rendre fructueux le moment douloureux. Il ne s’agit pas de courir à la recherche du danger, ni de se vautrer dans la souffrance, mais celle-ci s’imposant d’en profiter ! Cioran donne un éclairage : «La souffrance ouvre les yeux, aide à voir les choses qu’on n’aurait pas perçues autrement. Elle n’est donc utile qu’à la connaissance, et, hors de là, ne sert qu’à envenimer l’existence.»

Alexandre Jollien

Le métier d’homme

Seuil

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La mort de Li Baï

La légende de Li Baï ne pouvait s’accommoder d’une mort naturelle, qu’il meure était déjà assez décevant et il fallait rattraper le coup, aussi propose-t-elle deux versions de sa fin, l’une très ornée et délirante, l’autre plus sobre et presque crédible, quoiqu’elle paraisse trop poétique et lourde de sens pour être honnête. Dans la première, le vieux poète navigue sur une rivière, par un beau clair de lune, chantant et buvant, lorsque soudainement il perçoit, d’abord très faibles, les accents d’une musique inhumaine, il interroge les bateliers mais il est le seul à l’entendre, elle se rapproche, emplit l’espace, et dans le même temps des remous agitent la surface, deviennent des vagues, et les eaux se fendent, et un dauphin de cinquante pieds, bleu turquoise et phosphorescent, surgit des profondeurs, et deux immortels le chevauchent, vêtus d’or et d’argent, qui s’adressent à Li Baï sur un ton déférent : L’Empereur céleste, disent-ils, prie le Maître de l’Etoile du soir de venir le rejoindre, et tandis que les bateliers, pris de terreur, tombent dans les pommes, Li Baï encore agile malgré ses rhumatismes saute sur la croupe du cétacé qui déploie ses nageoires pectorales et s’élève avec majesté en direction du firmament, quand les rameurs reprennent conscience il n’est déjà plus dans le ciel qu’un point brillant parmi les autres.

Dans la seconde, il se trouve au milieu d’un lac, seul à bord d’une jonque et complètement soul, c’est la nuit, elle est sombre, les eaux sont noires comme elles seules peuvent l’être jusqu’à ce que les nuages s’écartent et alors le reflet de la lune apparaît sur les ondes, un magnifique croissant d’argent vers lequel il lance sa main pour s’en saisir, et il se noie.

Didier da Silva

Toutes les pierres

L’Arbre vengeur

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Eurydice aujourd’hui (fragment, fin)

Je vais leur parler, je vais leur chanter la chanson d’Eurydice. Les fritillaires dans le pré. Rose et pourpre. Leur tige fine, verte et tendre qui ploie sous la corolle. La membrane de leur échiquier tendue en six points avant de retomber vers le sol. Les bouquets formés disséminés dans le pré. Les épeires qui y habitent, les mouches qui les visitent, le lombric glissant contre leur bulbe. La terre humide sous l’herbe fraîche au pied des aulnes qui plongent leurs racines dans le lit de la rivière. Le martin-pêcheur en éclair au-dessus de l’onde et la loutre qui y glisse.

Orphée a trouvé le chemin des enfers aujourd’hui tellement encombré. Il s’est uni à d’autres, ils sont allés dans l’herbe à plat ventre, ils ont traversé le charnier des odeurs à plein nez. Ils ont retrouvé les filons et les boucles de rétroaction. Ils ont trouvé les cercles en spirales, les mêmes et jamais les mêmes. Ils ont sur des tables organisé des festins. Avec Eurydice, ils l’ont fait. Ils y ont invité Gaïa, ils y ont invité Chronos. Ils ont bu le nectar et l’ambroisie, et mangé les tripes que se réservaient les humains. Je le sais. Des tripes d’agneau au thym. Et le gras leur a coulé sur les lèvres et entre les doigts et sur les bras et dans leurs poils. Avec leurs corps luisants, ils ont dansé, ils ont chanté et ils ont parlé et ils ont bu et ils ont mangé. Et le temps et la terre ont poursuivi leurs jeux dans les milieux du monde changeant.

Je vais leur montrer les enquêtes, les monuments imaginés, je vais leur faire le rituel de la bourrache, leur faire sentir le goût des huîtres logé dans la mémoire des pistils de l’année. Je vais leur dire les regards échangés, la fragilité d’Orphée s’avançant sous les yeux de sa belle et s’approchant d’elle. L’entendre et se faire entendre. Des mondes à chanter le coeur plein d’une fureur suprême aux accents clairs qui se mêlent au roulement des jours et des nuits qui viennent. Orphée qui se dissémine dans les voix de tous à la fois, les mers et les hommes, les femmes et les forêts, les collectifs des étangs et des enfants, des riverains des rivages incertains, ajoncs, sternes, mérous et salicornes. Orphée qui leur insuffle le chant qui relie, je vais leur chanter. Et Eurydice aujourd’hui.

Claire Dutrait

Aujourd’hui Eurydice

publie.net

https://www.publie.net/livre/aujourdhui-eurydice-claire-dutrait/

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la fin du chenil

On ne savait pas où on allait exactement, on savait juste qu’on voulait s’éloigner de la ville, la laisser derrière nous pour toujours avec toutes ses haines et tous ses crimes, on ne la regretterait, on ne la regretterait jamais, cette ville où j’avais grandi sous les coups de la mère avait été depuis toujours le lieu de mon malheur et j’avais bien failli y crever, je me demandais encore pourquoi les chiens une fois libérés de leur cage ne m’avaient pas bouffé moi et seulement les trois autres qui se trouvaient là, était-ce parce que j’avais ouvert les cages, maintenant que j’avais la tête plus claire j’essayais de comprendre mais n’y parvenais pas, ne cessant de me questionner : comment la mère avait-elle raté son coup à ce point, elle qui j’en étais sûr m’avait envoyé au chenil avec la complicité de la Conseillère et de Krumm pour se débarrasser de moi pour que je m’y fasse bouffer, comment la mère avait-elle pu échouer à ce point ? Je marchais derrière Manky et comme lui je flairais l’air de la forêt, courais quand il commençait à courir chassant une musaraigne qu’il avait repérée au milieu des feuilles couvrant le sol, j’essayais de tout faire comme lui dans l’espoir de pouvoir m’orienter dans la forêt et de m’échapper enfin de la ville mais je ne cessais d’y revenir dans ma tête et il me semblait qu’au lieu d’avancer dans la forêt et de m’éloigner je marchais en vérité dans l’autre sens en direction de la ville pensant à nouveau à la mère qui j’en étais certain n’avait pu échouer de cette manière non c’était impossible jamais elle n’avait échoué tout ce qu’elle avait fait depuis ma naissance pour me rabaisser pour me détruire morceau après morceau avait toujours marché, toutes ces années j’étais resté à côté d’elle persuadé que je n’avais d’autre choix que de subir sa cruauté et même d’assister en spectateur à ma propre annihilation me demandant juste quand aurait lieu le dernier acte, et ce dernier acte était enfin venu le chenil oui le chenil avait été le dernier acte de ma propre annihilation – tout à coup je voyais la mère bien vivante assise dans la cuisine assise à sa place préférée devant le frigidaire grattant les pages de son cahier de ses griffes y traçant des signes de sang car du sang coulait de sa bouche sur le papier faisant une petite flaque dans laquelle elle trempait une de ses griffes avant de recommencer à écrire, puis je la voyais immobile devant la table les yeux fermés les rouvrant sur la seringue devant elle sur la table à la place du cahier saisissant la seringue de ses deux mains soupesant la seringue qu’elle tournait et retournait devant ses yeux de folle reposant la seringue sur la table avec un salle sourire, elle était maintenant sur le perron où les dobermans l’attendaient gueule baissée mais Manky courait devant moi et je perdais un instant la vision de la mère et des dobermans…

Laurent Margantin

Le chenil

EditLivre

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La fin de la couleur du lait

mais il y a encore une chose que j’aimerais dire.

chaque jour que le soleil se lève mon ventre grossit.

depuis que j’ai commencé à écrire, j’ai l’estomac qui se soulève.

je sais que je porte un enfant.

si je leur dis ils me garderont ici derrière cette porte fermée pour le restant de mes jours, ils me prendront le bébé et je ne le verrai plus.

je ne les laisserai pas faire.

alors je me tais.

ils peuvent m’emmener.

je sais ce qu’ils vont me faire. ils vont me passer une corde autour du cou comme j’ai mis le fil autour du sien. et quand je serai morte mes jambes se balanceront au dessus de la foule.

et mon bébé mourra avec moi, en moi.

mon bébé restera toujours auprès de moi. ses cheveux auront peut-être la couleur du lait mais ils ne seront jamais souillés par le sang.

à présent j’ai fini et je n’ai plus rien à vous dire.

je vais écrire ma dernière phrase et je vais prendre le papier buvard pour que les gouttes d’encre au bout de chaque mot ne fassent pas de tache.

et après je serai libre.

Nell Leyshon

la couleur du lait

traduit de l’anglais par Karine Lalechère

10/18 – Phébus

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