un peu d’une vie en l’air (Vasset)

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«De toutes pièces» de Cécile Portier (bref fragment)

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Fragment de Pardon pour l’Amérique

n’y pouvant mais, avec mes regrets pour la mauvaise qualité de la vidéo, les hésitations de la voix et pour avoir dû faire un choix (si ne l’avez lu… réparez cela)

 

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Réseau éducation sans frontières – alerte

Pour la scolarisation des Mineurs Non Accompagnés la règle est que tous les mineurs doivent être scolarisés, même s’ils ont plus de 16 ans (article 1.111.1 du Code de l’Education)

Mais l’Aide Sociale à l’Enfance (ASE) du Vaucluse ne les scolarise pas, lorsqu’elle conteste leur minorité en remettant en cause la véracité des documents d’état civil qu’ils fournissent. Elle envoie alors ces documents à la Police Aux Frontières (PAF) pour vérification, et cela peut durer plusieurs semaines voire plusieurs mois. Or tout document étranger est réputé valable, jusqu’à ce qu’il soit prouvé qu’il ne l’est pas (article 47 du code civil).

L’ASE nous interdit de rencontrer les jeunes qu’elle héberge dans les hôtels. Mais, malgré cette interdiction, nous réunissons à entrer en contact avec eux et nous avons pu constater que

  • à notre connaissance, au moins neuf jeunes attendent depuis plusieurs mois (jusqu’à 6 mois) avant de passer les tests d’orientation au Centre d’Information et d’Orientation (CIO). Au moins onze jeunes, ayant passé ces tests sont actuellement encore en attente d’affectation.
  • lorsque RESF les accompagne au CIO pour passer les tests, l’ASE refuse qu’ils soient affectés dans un établissement scolaire.
  • à la dernière rentrée scolaire, une personne de l’ASE a même fait sortir manu militari une jeune de la classe où il avait été affecté et où il venait d’entrer, sous prétexte qu’il avait été mis dans une classe alors que l’ASE avait refusé sa scolarisation
  • de plus, il se vérifie que les jeunes dont la minorité a été contestée par l’ASE, ont toujours réussi à obtenir de leur pays d’origine un passeport prouvant leur minorité.

En revanche, lorsque les jeunes refusés par l’ASE sont hébergés par des familles qui les font scolariser, il n’y a aucune problème avec l’Education Nationale.

Il faut savoir que ces jeunes n’ont qu’un désir, c’est d’aller à l’école et que, lorsqu’ils sont scolarisés, les enseignants sont très satisfaits de leurs résultats scolaires, de leur comportement et de leur investissement.

Ne pas scolariser ces jeunes, c’est nuire à leur intégration dans la société et, plus tard, à l’obtention d’une carte de séjour.

Image Carole Chaix

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L’appartement (fragments)

de remonter spirale par spirale,

aux sources même de Dostoïevski,

à Gogol et Pouchkine, vers Pouchkine,

car ce lieu a un centre et c’est Pouckhine,

et ces rencontres dans les librairies

et les théâtres, les bibliothèques,

d’un bout à l’autre de la France pour

faire qu’au bout du compte ce travail

par le bouche-à-oreille se diffuse

et, pour moi, l’évidence en même temps

est d’être avec Françoise, d’être là,

de partager, autant que c’est possible,

d’aider, de toutes les façons, et ce

n’est pas un choix, ce n’est pas discuté,

c’est aussi nécessaire que le souffle,

et c’est alors que, presque par hasard,

je réalise que l’idée première

d’avoir l’appartement de Petersbourg

est devenue seconde – plus le temps

de penser vivre ailleurs, c’est devenu

un luxe, en fait, je pourrais vivre sans,

ce qu’on pensait être l’indispensable

s’est éloigné, sans qu’on s’en rende compte,

et les rares moments où j’y retourne

pour quelques jours je sens comme un conflit

muet entre le lieu réel, le lieu physique,

et l’autre lieu, celui qui me fait vivre,

et quand j’y réfléchis, je me demande

ce que c’est, ma Russie, réellement, –

l’odeur des pins, la mouse après la pluie,

les champignons ou le goût de l’aneth,

ces bribes de nature de l’enfance,

de la première enfance, trois-quatre ans,

après c’est vide, c’est le blanc total,

mais est-ce la Russie, est-ce l’enfance

ou bien les deux ne sont pas dissociables,

tout ce qui est de l’ordre de mes sens

s’est figé là comme une fois pour toutes…

…………………………

et je suis revenu où je dois être

ou plutôt non – je reviens où je suis,

sauf que je ne sais pas dans quelle langue

ni si langue il y a, je nai plus rien

des voix autour, j’ai juste la lumière,

le goût, le chaud, le froid mais pas les mots,

rien que l’ombre des mots, leur existence,

mais je n’entends plus rien, je n’entends plus

la voix vivante qui me dit Pouchkine,

le conte du Coq d’or que savais

par coeur sans savoir lire, par la voix

donnée jour après jour, au jour le jour…

André Markowicz

L’appartement

récit

éditions inculte

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le Sam de Daisy Gazelle

soyez gentils, pardonnez moi les bafouillages et les deux mots estropiés (un indicatif au lieu d’un conditionnel, un des ou lieu de les ou le contraire)

Sam est un personnage unique. Il s’est présenté à moi immédiatement comme un homme malade, d’une de ces maladies qui n’existent pas, mais qu’on pourrait inventer sans problème. Un cerveau en train de cuire, de cuire tellement qu’il en perdrait petit à petit toutes capacités, un cerveau au court-bouillon. Quand je me le représente, il est beau. Une beauté sans critères, un homme avec traits singuliers, qui se dévoile dans quelques détails, une manière de sourire ou de lever le sourcil, un tic peut-être. Un genre d’homme qu’on ne voit pas à priori, mais que se manifeste à vous, après.

C’est un personnage de la pluie, des vents froids, des sols hummides. Un personnage de l’automne ou des mauvais mois de l’hiver. Il habite la ville en ces jours gris, coulants. C’est dans ces moments là qu’il se montre ou qu’on le distingue, vêtu d’un imperméablen marchant large, les mains dans les poches. Sam m’a imposé sa saison tout de suite. Il m’a fait comprendre que rien ne pourrait lui arriver dans la blancheur des premiers soleils, et qu’il appartenait à des météos chagrines comme son coeur était né mélancolique. Alors je l’observai se balader des heures durant, sur les pavés, le long du fleuve, silencieux et secret. Jusqu’à ce que je ne peux plus me contenter de le deviner. Sam apportait avec lui, une envie de le connaître, de percer son mystère. Ne pas être de ces intimes ma gâchait le plaisir de l’observer. Je me sentais à l’écart d’une vie magnifique et ceux qui le connaissaient plus et mieux que moi étaient des bienheureux. Il ne me demandait rien, ni de le considérer comme intéressant ni de le questionner. Il ne cherchait à remettre son histoire à personne. Mais moi, à force, je voulais ardemment percer son énigme, dussé-je m’apercevoir qu’il n’y en avait pas, et que sous ce masque silencieux, il n’y avait rien.

Anna Jouy

Daisy Gazelle héroïne colorature

La P’tite Hélène Editions

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L’âme ouverte des frontières

Leurs frontières ne font pas que vous empécher de passer.

Elles vous dépouillent des vents, des frissons des feuillages.

Elles vous enlèvent une part de votre humanité, voir vous l’arrachent toute.

Elles apparaissent comme mises en surbrillance par ces houles humaines qui se font impérieuses. Elles se démultiplient : religieuses administratives ethniques territoriales psychologiques… une avalasse d’obstacles qui freinent les imaginaires. Ces frontières se retrouvent soumises à rude épreuve et donc se raidissent. Leur alternative est de se défaire dans des acides ou de s’aiguiser comme des tranchants de guillotine. Le choix a été fait de les laisser à l’inhumain et d’installer l’inacceptable. Ces frontières multiformes se mettent à broyer de la chair des espoirs et du sang, les broient encore, et toujours, sous nos yeux. Elles tuent tous les jours et en masse, mais elles s’inclineront. Elles ne pourront que s’incliner sous un imaginaire du monde qui rejoint sa propre diversité, qui fait images ainsi, et que blessent dès lors les murs et les frontières. Aucune clôture ne saurait contester le réel, ni invalider le passage du vent, l’envolée des oiseaux, les dégagés de l’esprit et des grands sentiments….

Entre les camps accumulés qui deviennent des jungles prolifère une étrange géographie portuaire : de rivages surveillés, de canalisations indignes et humiliantes, de check-poins policiers, d’espaces chaotiques où l’on se retrouve coincé, et qui ne constituent jamais une destination. Ils organisent le fait que l’on n’arrive jamais. Ils obligent à s’élancer, s’élancer encore, dans nulle part, à jamais. L’aventure d’un accueil, d’un rien de bienveillance pourra créer de-ci de-là, pour tel ou tel, une arrivée fortuite et sans doute provisoire. Mais pour les autres, embarassés dans leurs élans, l’arrivée demeure quelque chose d’improbable. Comme une étoile qui ne connait que l’aspiration du vide interstellaire. Même si la destination fantasmée pouvait se voir atteinte, l’arrivée souvent ne sera pas au rendez-vous. Les désirs vont se heurter aux raideurs d’un réel très ancien. L’élan se verra acculé à se nourrir de l’avenir qu’il pressent, dans une immobilité rageuse et mortifère. Ces élans recommencés, ces errances plus ou moins assumées élaborent une «présence au monde» qui révolutionnaire, ne fera qu’aller vers un futur encore imprévisible….

mais la fin du chapitre s’ouvre, grâce à la Relation sur un autre monde possible

Patrick Chamoiseau

Frères migrants

Points – éditions du seuil

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le cahier d’Anna Jouy

Le cahier, je le reprends. Je mets plus de mots sur une page qu’il y a peu. Je serre le dit dans ce tuyau, je bourre l’écrit à la ligne.

Sans air. Les images de là-bas sont fortes encore, les gens, les passants, le son des heures selon qu’il faut prendre un thé, une piqûre, du sang frais, des épinards ou un café fort dont à chaque fois on me dit qu’il sera nu. Alors, un café nu, pour des gens sans culotte, attachés à des blouses blanches ou bleues.

Dans cette pâleur, ce petit noir qu’on vous sert comme un joint frauduleux parce qu’il a été tiré d’un Nespresso d’étage, une machine personnelle remise au blon plaisir des patients par une âme arabica. Maintenant, dans cette chambre où chaque pas me coûte une chute de paupières, je reprends le cahier et je me sens puissante. Enfin j’écris, ce n’est qu’un mot, je reprends pouvoir sur moi. Je peux, j’ose une action, un verbe. Je ne suis plus si tétanisée par le silence ou le boucan que fait la souffrance. Je sors du ventre arachnéen et je tisse mon nouveau fil, une autre bave, plus lente, plus visqueuse, toute nouée de gorge et de ces cris qui ne venaient jamais. Ils s’empêtrent dans le cahier, ivres de faire ce que bon leur semble. Ce sont des mots, autonomes non, mais macérés dans d’autres fiels, plus intimes, plus rudes, plus acides, tels que sont ceux de la fièvre.

Anna Jouy

Une pesée de ciels

Editions Alcyone

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Pourquoi la journée vole

Cités, patries et provinces sont trop infatuées ou désuètes pour accueillir la naissance du poète et en décider l’annexion.

Le poète s’appuie, durant le temps de sa vie, à quelque arbre, ou mer, ou talus, ou nuage d’une certaine teinte, un moment, si la circonstance le veut. La double nature de la douleur lui donne l’essor. Son amour, son étreinte, son bonheur n’ont-ils pas leur équivalent dans tous les lieux où il n’est pas allé, où jamais il n’ira, chez les étrangers qu’il ne connaîtra pas ? Quand on élève la voix devant lui, quand on le presse d’accepter des égards qui retiennent, si l’on invoque à son propos les astres, il doit répondre qu’il est du pays d’à côté, du ciel qui vient d’être englouti. Le poète vivifie, puis court au dénouement. Très vieux, malgré sur sa joue plusieurs fossettes d’apprenti, c’est un passant courtois qui brusque les adieux pour être là quand le pain sort du four.

René Char

Mercure de France, août 1954

repris dans

Char, dans l’atelier du poète

Quarto Gallimard

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avec Angèle (un peu)

Vers la ferme du marais, elles marchent à pas lents, main dans la main, celle d’Angèle, petite, douce et chaude dans celle de madame Vasseur, crevassée par les travaux ménagers d’une longue vie. Elles ne disent rien, mais leurs pensées s’accordent, tournées vers ce jeune chien, anticipant le plaisir de découvrir l’animal, puis de l’amener vers son nouveau foyer. Ensemble, souriantes, la veuve et la fillette avancent sous la voûte de briques rouges, porche d’entrée qui donne accès à la grande cour carrée, le tas de fumier au milieu, les étables et la grange sur les côtés, puis, dans le fond, l’habitation d’Arthur Desprez et de sa famille.

«Tu m’emmerdes ! Charogne ! Saloperie de bidet !» Un homme vociférant s’acharne ) coups de fouet sur un cheval attelé à un tombereau débordant de fumier. La malheureuse bête immobilisée par la charge ne peut que secouer la tête pour éviter les coups. Angèle lâche la main de madame Vasseur et s’approche de la scène. Le garçon de ferme continue à frapper. Il donne même un coup de botte dans la patte arrière. Angèle tombe sur les pavés de la cour, comme si c’était elle qui avait reçu le choc. A genoux, gémissant, elle cache dans ses mains, son visage larmoyant. Attiré par cette agitation inhabituelle, le fermier arrive en même temps que Lucette Vasseur près de la petite. Instantanément, le commis se calme et enfonce le manche du fouet dans son logement à l’avant de la charrette. Monsieur Desprez, blanc comme un linge, soutient Angèle, puis se redressant de toute sa taille, s’adresse à son employé. «Trop, c’est trop ! Je t’avais prévenu. Tu vas immédiatement à la maison demander à ma femme de faire ton compte. Estime-toi heureux que je ne te traite pas comme tu as traité mon cheval.» Les dents serrées, il saisit l’homme par l’épaule et le pousse à l’écart sans ménagement. «Ouste ! Et ne remets plus un pied ici !» Angèle écrase son visage contre le ventre de la vieille dame qui lui caresse les cheveux. Quand la petite relève la tête, on voit avec beaucoup d’étonnement une longue marque rouge qui traverse son front et sa joue droite. Comment est-ce possible ? Elle n’était pourtant pas près du fouet…

Lucien Suel

Angèle ou le syndrome de la wassingue

Editions Cours Toujours

la vie rêvée des choses

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