Bel canto dans la jungle colombienne

Sans titreNous volons au-dessus de la forêt tropicale. Un champ de brocoli à perte de vue. Il me montre alors du doigt une fine colonne de fumée au loin. «Allons écouter Puccini», dit-il.

Nous atterrissons à la verticale dans une petite clairière, moteur rugissant, rotor battant, juste à côté d’une maison en bois. Un couple d’âge mur en sort pour nous accueillir et nous offre un cafecito. Que diable font ces gens ici, au milieu de nulle part ? Je omprends qu’ils ont un très grand potager et un speed boat flambant neuf qui les amène à la Magdalena via un ruisseau étroit.

Puis, dans un coin de la pièce, je vois une grande armoire en châtaigner. L’homme ouvre ses portes et je regarde alors dans la bouche énorme d’un phonographe. Victrola. His Master’s Voice sans petit chien blanc. Ensuite, il ouvre le couvercle, y place un grand disque 78 tours, installe une nouvelle aiguille de bambou, remonte le gramophone à grande manivelle et nous y voilà. Il barbiere di Siviglia, Figaro, Rossini!

Toni semble un homme heureux. Je suis surpris par le volume et la bonne qualité du son sortant de cette machine préhistorique. Nous restons une demie-heure à écouter et à bavarder. Puis nous devons poursuivre notre trajet. Toni ne dit pas grand-chose. Seulement : «Merci pour le cafecito, ciao, Juanito.»

En écrivant cette histoire, quelque 50 ans plus tard, je comprends soudain quelle espèce de légumes ces gens auraient pu faire pousser dans leur très grand jardin. Quel bleu j’étais…

Jan Doets

beloumbeloum

contes de l’équateur

éditions QazaQ

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photo de l’auteur

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Le frère d’ombre

Sans titreun souvenir. Comme une bulle du temps, lâchée au-dessus du lac. Il se revoyait enfant. Avant de s’endormir, seul dans son lit, il avait l’habitude de parler à quelqu’un, son double peut-être, il ne se souvenait plus. Il lui avait même donné un nom. Ou peut-être un surnom, voire une onomatopée, un bruit phonétique, en amont des langues. De ces sons qui se puisent entre berceuse et souffle quand vous arrive le sommeil. Et avec eux, venait ce frère de l’ombre. Silencieux, il l’accompagnait dans ses promenades. Puis un jour, vers l’âge de ses huit ans, alors qu’il rentrait de l’école et qu’il lui racontait ses menues histoires d’enfant, contrairement aux autres jours, ce dernier resta étonnamment silencieux. Il se mit alors à l’interpeller. Rien. Aucun écho. Habituellement il marchait et son frère de l’ombre le suivait et conversait. Nul besoin de l’interpeller. Il était là commentait la situation, comme en une voix off, il en était même bavard, parfois. Mais ce jour-là, était-ce la fatigue, un sentiment de vide l’avait envahi. Il ne sentit plus cette présence, derrière lui. Il se retourna soudain, comme pour le surprendre et ne pas lui laisser le temps de se cacher. L’autre aurait ri comme il faisait d’habitude. Mais quand il s’est retourné il n’y avait personne. Il est rentré à la maison et il en avait parlé, dépité, à sa mère. Elle a souri et lui a dit:

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La dame épouse de Taméyoshi…

DSCN2050«… Si mes jours devaient se prolonger, indifférents, en ce monde de misère, je compterais les années de mes enfants, cette année, celui-ci aurait tel âge, celui-là tel âge, me dirais-je, et chaque fois que je verrais quelqu’un qui leur ressemblerait, je me consumerais en regrets, remuant sans cesse ma rancoeur envers ceux qui les ont tués, ma pitié pour mes enfants qu’on m’a tués ; je ne crois pas que je puisse ainsi vivre une heure seulement !…»

De la sorte elle se lamentait, pleurant et pleurant, sans vouloir remonter dans son palanquin. La dame nourrice, la première, tout un chacun lui disait : «… Certes, vous voulez emprunter la même route qu’eux, mais ceux qui se sont engagés sur les voies ténébreuses, vous ne les retrouverez plus. Les Six Voies, les Quatre Etats de la Vie se séparent au carrefour, et vous ne serez quel chemin ils auront pris. Retournez plutôt au logis sans tarder, et veillez à leur rendre à chacun les funêbres devoirs…» Telles étaient les consolations qu’ils lui prodiguaient, cependant que rangés sur le bord de la rivière, ils ne la quittaient des yeux. La dame acquiesça : «Si je ne dois les retrouver en l’autre monde, à quoi bon me jeter à l’eau en effet ! Soit donc, retournons à la ville !» dit-elle, et comme elle s’approchait du palanquin comme pour y monter, rassurés ils s’écartèrent, mais tandis qu’ils se préparaient à traverser la rivière, elle s’échappa en courant et du haut de la berge se jeta à l’eau. La dame nourrice, dans sa douleur, s’y jeta derrière elle. C’était environ le vingt de la septième lune ; au vent qui descendait du Mont Arashi, des lambeaux de brouillard flottaient sur la rivière qu’ils cachaient par endroits, des averses tombaient de temps à autre, si bien que des eaux enflées on ne distinguait la profondeur et que dans le bouillonnement des blanches vagues, nul ne put la rejoindre aussitôt. Comme elle avait rempli ses manches de pierres, elle coula à pic et ne reparut point, hélas ! Tous ceux qui se trouvaient là avaient sauté dans la rivière et la recherchaient, mais quand, après un long moment, ils l’en retirèrent, loin en aval, elle était dans un état désespéré. Elle exhalait encore un souffle imperceptible qui bientôt s’éteignait ; on brûla le corps sur-le-champ… De pitié et d’admiration, il ne fut personne, de l’Unique au sommet jusqu’aux dix mille en bas, qui ne trempât de larmes ses manches.

Le Dit de Hôgen

traduit du japonais par René Sieffert

Verdier poche

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Eddy

Sans titreCorrection d’un devoir, à minuit moins le quart. Coup d’oeil consterné devant la pile de copies restantes, je soupire et me remets courageusement à la lecture de la copie d’Eddy. Syntaxe approximative, orthographe parfois phonétique, ponctuation défaillante : je biffe, je rature en rouge et en colère, quand soudain je tombe sur cette phrase fulgurante et limpide: «Il nomme le vivant des textes». Un premier réflexe de professeur normé et normatif me fait écrire dans la marge m.d. (mal dit) mais non, au contraire, c’est bien dit. Eddy a vu plus que la personnification de l’oeuvre de Balzac ou que l’emploi métonymique du livre pour l’écrivain (pour cette oraison funèbre de Balzac prononcé par Hugo) ; il a vu qu’une fois l’écrivain mort, le texte continue à vivre. Il l’a vu et l’a écrit. A sa manière. Et rien de plus à ajouter. Cette seule phrase illumine ma soirée, danse dans ma tête et me met du baume au coeur pour la correction des autres copies. Merci Eddy. Il faut que tu gardes cela, Eddy, que tu améliores ta syntaxe, mais que tu gardes cet art du raccourci, cette langue acéré qui va à l’essentiel.

Christine Zottele

Rentrez sans moi

éditions QasaQ

http://www.qazaq.fr/pages/rentrez-sans-moi/

photo Philippe Marc

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Un état d’ineffable bien-être

Amie chère,

Sans titreIl est une heure du matin. Je suis dans mon grenier, entouré de mes livres et des toiles que des peintres amis m’ont offertes. Nuit, profond silence, sommeil des hommes et de la nature. Il me vient le désir de m’entretenir un moment avec vous, bien que je n’aie pas l’impression d’avoir quoi que ce soit à vous dire.

Depuis quatre heures que je suis à cette table, je n’ai ni lu ni écrit. Enfoui dans un état d’ineffable bien-être, les yeux le plus souvent clos, j’ai erré en moi, soumis aux intermittences du murmure. Bien des choses auraient dû être notées, mais prendre mon stylo semblait au-dessus de mes forces. J’étais dans une telle passivité que je ne pouvais déplacer ma main, et je savais d’expérience que le moindre mouvement aurait tout détruit. Aussi ai-je veillé à n’esquisser aucun geste, de crainte d’être arraché à ce dont je jouissais, et qui était si fragile, si précieux, si intense.

Charles Juliet

Dans la lumière des saisons

P.O.L.

Photo Sylvia Villerot 2013

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ceux qui revenaient

Sans titre… jusqu’à ce que nous acceptions que notre monde, ce monde dont les limites étaient celles de la vallée, et dont nous pensions qu’il était l’univers entier, n’était en fait qu’une petite chose, une triste extension de nous que nous poussions au-dehors mais qui ne constituait pas grand chose, ne comptait pas en l’univers, pas plus qu’une feuille, une brindille ; ce que confirmaient ceux d’entre nous qui, poussés par la guerre, la faim, la folie parfois, prenaient route et baluchon, marchaient, s’éloignaient sur la route vers les bois, y disparaissaient au moment où elle, cette route, s’enfonçait dans une brèche qui avait été ouverte là jadis, forcée, poussée entre les masses noires des arbres ; ce que confirmaient ceux d’entre nous qui avaient couru le monde et reve- naient fourbus, changés, amaigris, les yeux plus clairs, comme rabotés par on ne savait quoi, la pluie peut-être, le vent, les caresses de l’horizon ; ce que confirmaient ceux qui revenaient, tous en fait (ceux dont nous n’avions nulle nouvelle, nous savions bien qu’ils étaient morts ailleurs puisque la vallée, le village, nous, étions un aimant puissant, un gouffre vers lequel retombaient tous ceux qui avaient tenté de s’en échapper, quoi qu’ils fassent, où qu’ils aillent), et que nous regardions venir de loin, sortir de la forêt, bien des années après les avoir vu s’y enfoncer ; sortir de la forêt et s’approcher du pas lourd de fatigue de celui qui rentre au bercail, qui reconnaît chaque champ, chaque pierre, chaque fleur tendue tout le long des fossés, qui a encore dedans sa tête les images d’ailleurs et qui les voit lentement glisser vers l’arrière-plan au moment même où la vallée reprend ses droits et puis sa place ; que nous regardions venir de loin, émerger d’ailleurs comme d’un autre temps, avancer vers nous qui peu à peu, prévenus tous par la rumeur, le chuchotement, avions eu loisir de nous regrouper à l’entrée du village, avions eu le temps de prévenir chacun, avions eu le temps d’essayer de deviner qui revenait, avions eu le temps de dresser table dans la maison commune qui accueillerait le fils prodigue, avions eu le temps d’en dire mal pis que pendre, et malgré cela, malgré qu’il reste en nous cette haine, cette méfiance de ceux qui étaient allés voir ailleurs ; malgré cela, finissions par l’accueillir comme il se devait, comme l’exigeaient les règles d’ici, les femmes de sa famille n’y tenant plus soudain et le re- connaissant enfin, se mettant à courir vers lui aussitôt qu’un visage devenait certain, certifiait que nous avions bien subodoré l’identité du revenant ; les en- fants les suivant, quand enfants il y avait ; les vieux restant derrière à trépigner, n’en pouvant plus de ne pas pouvoir courir, et se tordant les mains, et les moustaches…

Daniel Bourrion

en ce soir

publie.net

http://librairie.publie.net/fr/ebook/9782814502628/en-ce-soir

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Le trauma et le pouvoir des images

Sans titreNous avons mené avec Henri Parens, professeur en psychiatrie au Jefferson Hospital de Philadelphie, un travail avec des enfants français et américains qui avaient vu les images du 11 septembre 2001 à la télévision. Certains enfants français étaient traumatisés et faisaient des cauchemars, alors que les évènements s’étaient produits à de milliers de kilomètres de chez eux. D’autres enfants – français et américains – n’avaient pas été traumatisés. La différence ne se jouait pas sur le réel, mais sur la niche sensorielle dans laquelle les images ont été reçues ; dans un cas, elle était sécurisante, et les enfants n’ont pas été traumatisés ; dans l’autre cas, les parents étaient eux-mêmes insécurisés par ce qu’ils voyaient, et ils ont transmis ce sentiment à leurs enfants. Cela permet de comprendre comment un même fait peut être éprouvé de manière totalement différente ; cela diffère selon notre entourage affectif, son soutien, selon la verbalité, le récit que les autres – dans notre cas, les adultes – font des évènements qui se produisent. Ce n’est donc pas le réel qui provoque le trauma, c’est le réel qui alimente une représentation du réel et qui peut faire un trauma ou non, selon la manière dont notre entourage en parle.

L’image a donc une fonction sémantique. Freud disait : «L’image rabaisse la pensée». Nous pouvons reformuler cela différemment : l’image schématise la pensée ; ainsi faisant, elle prend un pouvoir encore plus fort. Si vous voulez avoir des convictions, il faut posséder le moins de connaissances possible. Si par malheur, vous avez des connaissances, vous allez nuancer, relativiser et les images seront moins claires. Or, ces images du 11 septembre ont été sémantisées ; les avions n’ont pas visé n’importe quelles tours et il s’agissait d’un discours sémantique d’images qui avait pour objectif de bouleverser les gens. Les images du 11 septembre 2001 sont un chef-d’oeuvre de terrorisme, puisque l’enjeu avait été de bouleverser un maxomum de personnes grâce à des passages télévisés à heures de grande écoute…..

Boris Cyrulnik

entretien avec Denis Peschanski

Mémoire et traumatisme :

l’individu et la fabrique des grands récits

ina éditions

les entretiens de Médiamorphoses

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Ô sort bienheureux…

Sans titreVous ne savez pas ce que c’est qu’un poète ? Verlaine… Rien ? Pas de souvenir ? Non. Vous ne l’avez pas distingué de ceux que vous connaissiez. Vous ne faites pas de différence, je sais. Mais c’est un autre poète que je lis, un qui n’habite pas Paris, un tout autre. Un qui a une maison calme dans la montagne. Qui sonne comme une cloche dans l’air pur. Un poète heureux qui parle de sa fenêtre et des portes vitrées de sa bibliothèque, lesquelles reflètent, pensives, une profondeur aimée et solitaire. C’est justement ce poète que j’aurais voulu devenir ; car il sait tant de choses sur les jeunes filles, et moi aussi j’aurais su tant de choses sur elles. Il connaît des jeunes filles qui ont vécu voici cent ans ; peu importe qu’elles soient mortes, car il sait tout. Et c’est l’essentiel. Il prononce leurs noms, ces noms légers, gracieusement étirés, avec des lettres majuscules enrubannées à l’ancienne mode, et les noms de leurs amies plus âgées où sonne déjà un peu de destin, un peu de déception et de mort. Peut-être trouverait-on dans un cahier de son secrétaire en acajou leurs lettres pâlies et les feuillets déliés de leurs journaux où sont inscrits des anniversaires, des promenades d’été, des anniversaires… Ou bien, il est possible qu’il existe au fond de la chambre à coucher, dans la commode ventrue, un tiroir où sont conservés leurs vêtements de printemps ; robes blanches qu’on mettait pour la première fois à Pâques, vêtements de tulle qui étaient plutôt des vêtements pour l’été que cependant l’on n’attendait pas encore. Ô sort bienheureux de qui est assis dans la chambre silencieuse d’une maison familiale, entouré d’objets calmes et sédentaires, à écouter les mésanges s’essayer dans le jardin d’un vert lumineux, et au loin l’horloge du village. Être assis et regarder une chaude traînée de soleil d’après-midi, et savoir beaucoup de choses sur les anciennes jeunes filles, et être un poète. Et dire que j’aurais pu devenir un tel poète, si j’avais pu habiter quelque part, quelque part en ce monde, dans une de ces maisons de campagne fermées où personne ne va plus. J’aurais eu besoin d’une seule chambre (la chambre claire sous le pignon). J’y aurais vécu avec mes anciennes choses, des portraits de famille, des livres. Et j’aurais eu un fauteuil, et des fleurs et des chiens, et une canne solide pour les chemins pierreux. Et rien de plus. Rien qu’un livre, relié dans un cuir jaunâtre, couleur d’ivoire, avec un ancien papier fleuri pour feuille de garde. J’y aurais écrit. J’aurais beaucoup écrit, car j’aurais eu beaucoup de pensées et des souvenirs de beaucoup de gens.

Mais la vie en a disposé autrement, Dieu sait pourquoi. Mes vieux meubles pourrissent dans une grange où l’on m’a permis de les placer, et moi-même, oui, mon Dieu, je n’ai pas de toit qui m’abrite, et il pleut dans mes yeux.

Rainer Maria Rilke

Les cahiers de Malte Laurids Brigge

traduction de Maurice Betz

publie.net classiques

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Cueillette

Sans titreUn patrimoine bien à nous : les heures où n’avons rien fait… Ce sont elles qui nous forment, qui nous individualisent, qui nous rendent dissemblables.

N’avoir rien accompli et mourir en surmené.

Au lieu de faire attention à la figure des passants, je regardais leurs pieds, et tous ces agités se réduisaient à des pas qui se précipitaient – vers quoi ? Et il me parut clair que notre mission était de frôler la poussière en quête d’un mystère dépourvu de sérieux.

Après les Variations Goldberg – musique «super-essentielle», pour employer le jargon mystique – nous fermons les yeux en nous abandonnant à l’écho qu’elles ont suscité en nous. Plus rien n’existe, sinon une plénitude sans contenu qui est bien la seule manière de côtoyer le Suprême.

Se réveiller en sursaut en se demandant si le mot sens rime à quoi que ce soit, et s’étonner après de ne pouvoir se rendormir !

Plus on avance en âge, plus on s’aperçoit qu’on se croit libéré de tout et qu’on ne l’est en réalité de rien.

Compter en vain sur l’aubaine d’être seul. Toujours escorté par soi-même.

Avoir inventé le sourire meurtrier.

Le règne de l’insoluble s’étend à vue d’oeil. La satisfaction qu’on en ressent est cependant mitigée. Quelle meilleure preuve que nous sommes dès l’origine contaminés par l’espoir ?

Cioran

Aveux et anathèmes

Gallimard – collection Arcades

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Enfance

Sans titreCeux qui ont la nostalgie de l’enfance n’ont jamais été enfants, disait quelqu’un. Oui, l’enfance est sans doute une période de la vie assez rude. L’enfant est coincé dans son état de minorité où toute tentative d’émancipation est considéré comme un caprice. C’est une période de la vie où l’on nous apprend la nécessité de l’autorité et de son respect, c’est la période où la plupart de nos «pourquoi ?» sont liquidé avec des «parce que». C’est la période où l’on admire sans raison, où l’on espère sans fondement, où l’on croit sans critique, où l’on voit sans comprendre, où l’on apprend sans envie, ou l’on respecte sans justification, où l’on aime ce qui est méprisable. L’enfance est une période de la vie très dure, et qui la regrette n’a pas été enfant – ou alors il utilise l’enfance comme une justification de sa violence et de son autoritarisme. Les enfants ont été inventés pour créer l’obéissance aveugle. S’il n’y avait pas d’enfants, il n’y aurait probablement pas de dictature.

Marcello Vitali-Rosati

Navigations

publie.net

http://librairie.publie.net/fr/ebook/9782814507739/navigations

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