sur cette photo

 

Celle-là est une de mes préférées. Je ne les aime pas beaucoup, les photos du livre, à la vérité, je m’en rends compte en écrivant, même si écrire c’est regarder mieux, plus intensément en tout cas et qu’ainsi aimer, ne pas aimer n’ont plus d’importance.

Sur celle-là, tu es penchée, tête en arrière, épaules nues. On ne voit qu’elles et ton cou, ton menton dressé. Dans l’ombre, un peu de ton crâne. Montagne, volcan, cratère, autre planète, je ne sais quels mots employer pour donner une idée du bloc que tu es devenue, travail à peine entamé du sculpteur fasciné par l’ébauche et qui en reste là. Dune de granit, pierre, sable, tout est possible pour dire l’agrégat de ton cou, de ton buste, du menton à la verticale.

Nous ne pouvons savoir si la tête renversée a des yeux, une bouche, si le crâne est chauve ou chevelu. C’est peut-être là qu’il fixe le mieux ce que tu es, dans ce que tu retiens, ce que tu gardes pour toi et rejettes en arrière : autre chose que ce qu’une femme qui modèle son corps, joue des codes sexuels et multiplie les rôles semble avoir à offrir.

Ce renversement : un signe de plaisir ? De tension ? D’abandon ?

Tu te détaches une fois de plus sur un fond uniforme et gris, celui du studio de New York.

Anne Savelli

En pièces

dans

A même la peau

publie.net

https://www.publie.net/livre/a-meme-la-peau-anne-savelli/

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Polo et les vieux

Croisant un groupe de vieillards égrotants et agrippés à leurs déambulateurs (nous ne sommes plus sur les pentes du mont Turluron, précisons le), Polo sent soudain le monde s’ouvrir sous ses pieds. Rude expérience pour ce «puceau du vertige». Tous ces vieux, se dit-il, violemment dessillé, «avaient eu des vies». Ça alors ! Et pourtant, en effet, quand on y pense, le bois d’épave constitua jadis la fière gondole. Il fallait donc bien aussi que ces débris humains proviennent d’un ensemble cohérent et opérationnel. Polo doit nous pincer pour y croire : ils étaient «des hommes et des femmes qui avaient reçu du courrier dans leur boite aux lettres, qui avaient eu des problèmes pour trouver une place de parking !» Puis, last but not least, mais ici l’auteur, emporté par son élan, pousse peut-être un peu loin le bouchon : «Ils avaient eu mon âge. Et, un jour, j’aurais leur âge.» Qui s’aventure dans un livre de Prosper Brouillon doit s’attendre à éprouver quelques secousses. Ce n’est pas une lecture de tout repos. La vérité soudain vous saute à la gorge comme un lynx et vous lacère le visage de rides profondes : vous avez vieilli d’un coup, à moins que ces rides ne soient plutôt les cicatrices attestant une sur-sollicitation des muscles zygomatiques affectés à des tâches qui excèdent leurs forces (utilisez de préférence vos biceps dorénavant pour soulever des enclumes).

Eric Chevillard

Défense de Prosper Brouillon

illustrations Jean-François Martin

Editions Noir sur Blanc

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un passage de « Monarques »

 

Encore aujourd’hui, la bouche ouverte du cadavre de mon père continue à murmurer des phrases que je suis seul à entendre. Voilà ce qu’il m’est donné de faire, traduire le silence qui survit à la disparition des corps. Je recueille le secret d’un autre, je prends quelque chose en cours, comme on prend un train en marche. Ce que me transmet Adly durant nos discussions, surtout depuis sa mort, quand, plongé dans un demi-sommeil, j’entends sa voix à mon oreille, n’a jamais cessé de lui appartenir. Aujourd’hui plus que jamais, je regrette qu’il ne soit plus là pour m’éclairer, m’aider à trouver les mots justes, ces mots que personne ne trouve ou n’ose prononcer. Alors, j’invoque ce musulman humaniste : comment, père, faire obstacle à la haine ? L’époque est lourde. Pourtant, on essaie de se redresser une fois encore, en chancelant, et on s’élance pour affronter la promesse du pire qui flotte dans l’air, qui fait enfler l’extrême droite et les officines salafistes, parce que la violence est désormais envisageable par le plus grand nombre.

Cela fait trente ans que nous nous fréquentons ainsi, mon père et moi. Je connais bien mieux celui qu’il est devenu dans l’au-delà que l’homme qu’il fut de son vivant. Chacune de ses visites m’apaise. Je l’écoute me parler de religion et de miséricorde, je lui réponds politique et poésie, mais je refuse de lui ressembler. Peut-être est-ce par peur de le rejoindre avant mon heure ? J’ai beau être son fils, je ne parviens pas à me sentir musulman. Il n’est pas innocent que je trouve, à la fois, le lieu et les mots pour raconter mon père, ici, en Israël, où je me suis rendu pour écouter un autre silence, pour raconter une autre histoire, celle d’une famille juive, celle d’Herschel Grynszpan. J’ignore comment ces deux silences se répondent, ces deux royaumes complémentaires, quête biographique et quête littéraire, monde musulman et monde juif, s’ils s’ignorent au fond de moi, ou s’ils ont même conscience l’un de l’autre. Peu importe, Herschel me hante, comme me hante mon père, comme l’histoire des Juifs et des musulmans ne cesse de s’écrire, mêlant les voix des morts à celles des vivants.

Philippe Rahmy

Monarques

La Table Ronde

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Procès de Marie-Claire Chevallier (conclusion)

Bien plus que le procès de quatre femmes, le procès de Bobigny est le procès d’une loi, résidu d’une France couleur église, qu’il fallait bien dégommer. Et merci à toutes ces femmes qui ont eu le courage de se battre pour ma place dans la société.

.

Pourtant, entendez-vous ce grincement, ce crissement qui se déploie comme toile de fond de ce procès ? Entendez-vous comme moi que le viol de Marie-Claire n’est pas, ou très peu évoqué, que ce soit durant le procès ou dans les médias ? Entendez-vous la voix de cette enfant de 15 ans, violée, qui répond au président du tribunal «Je ne veux pas en parler», et le président de passer à autre chose ?

Le procès de Bobigny a reconnu coupables quatre femmes, et les a condamnées.

Daniel P., violeur et dénonciateur, n’a JAMAIS été inquiété, ni par l’opinion publique, ni par la justice, alors même que le viol de Marie-Claire n’a pas été remis en question.

Soit, ce procès ne pouvait pas être tous les procès du siècle en même temps. Non, bien sûr. Mais, aujourd’hui, mes pensées vont vers Marie-Claire, comme elle a dû vivre avec sa honte, sa culpabilité, son corps saccagé, ses cauchemars, son silence et sa colère. Comme elle a dû se sentir seule, et abandonnée à savoir sa mère condamnée, et son bourreau innocent.

En 1972, une femme qui portait plainte pour viol devait subir une enquête de moralité… Bien sûr qu’elle ne pouvait supporter un procès de plus.

Et ça grince… Jusqu’en 2015… Et pour toujours…

Julie Bonnie

Procès de M arie-Claire Chevallier

dans

En procès

Une histoire du XXe siècle

par Collectif Inculte

inculte/dernière marge

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Passer

 

Au premier soleil la ville

s’anime on sort d’un sommeil

mauvais noir

exténué

voir la même idée partout

on va aux mêmes endroits que tous

se promener

ça bavarde fort

presque à crier

ça rit à gorge déployée

bien trop fort

pour sonner juste

tout cela tape à l’oeil

s’agite et circule

en mouvements insensés

ça

comme chocs

les voix la cohue les foules

se télescopent on s’évite de peu

l’oreille souffre aux désaccords

majeurs qui claquent sans cesse

aux terrasses où ça s’entasse

à boire des verres

au premier soleil la ville

le brouhaha

scordatura

est traversé

soudain le silence

dans le regard

sur cela

.

au premier soleil la ville

où passe aussi un homme seul

dans la force de l’âge

il mit son beau costume

trois pièces

discret élégant

chemise crème

rayée bleue

tout fin

cravate dessus

prit son vélo

noir

et insensible

ou indifférent

ou les deux

qui sait

traversa ainsi

hétéronyme lointain

et impassible

de l’obscur

ou de son remords

le tohu-bohu des morts

qui se croyaient vivre

à boire des verres

bruyants dans leur ennui

il fut l’inaccessible

le point mouvant ultime

où poser le regard

devenu seul point fixe

pour un vivre limpide

.

mais

.

nul ne saitoù il va

pas même lui.

Jean Yves Fick

il y a le chemin

l’inadvertance

publie.net en poésie

https://www.publie.net/livre/il-y-le-chemin-jean-yves-fick/

photo Jean-Yves Fick

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A Gaston Galimard, le 11 décembre 1954 (presque intégrale)

 

«Ô sacré vieux coffre qui fait bla-bla !» vous qui avez des satanés juristes dans votre manche ! Demandez-leur donc, faites-moi cette amitié, si je n’ai pas le droit de publier, n’importe où, en feuilleton, un roman avant de vous en confier l’impression selon les termes du contrat ? auquel vous raccrochez «mordicus» ! Et qu’ils vous renseignent un peu mieux ces satanés juristes que ceux qui vous ont fait perdre votre procès Véry ! ou ceux qui ne savaient pas que l’action en «pénal» pour diffamation n’est possible que dans les 3 mois! L’ABC d’un éditeur! on l’ignorait chez vous ! l’impéritie !

xxxxxx

Vous avez beau blablater : une avance n’est pas un revenu c’est exactement le contraire. En payant des impôts sur des avances je paye un impôt sur votre capital. C’est une belle astuce de vos services comptables, mais c’est tout.

xxxxxx

Vous me contez à propos de la mévente de mes ouvrages de bonnes troufignoloteries… je préfèrerais que ces mêmes troufignoloteries vous les fassiez conter de «bouches à oreilles» par vos zélés collaborateurs à la vente… pas spécialement youtrons, cocos, académiques, figarotteux etc… mais s’en trouve-t-il dans votre bazar ? non ! m’affirme-t-on, hostiles à qui mieux-mieux, la bande ! Jaloux en sus, à en crever ! la preuve : le mal inouï que j’éprouve à faire passer le «Professeur Y» INTEGRAL dans votre NNNRF ! qui vous pompe 500 sacs par mois ! tellement elle bat tous les records de l’emmerdement !

……….

xxxxxxx

Robert l’Assassiné était bien maquereau aussi mais lui au moins défendait ses travailleurs, il jouait pas les «hauts nababs excédés inapprochables», il se tapait ses 8 heures de «blabla» par jour à défendre ses livres… et il recommençait la nuit… à entretenir les connes polémiques… précisément ! Celles qui font vendre. Vous vous en foutez sans doute… vous me l’avez écrit… Ah, si vous pouviez vous torcher avec mes «contrats» ! Dans un joli mouvement de mépris !… me libérer de votre sale bouge !… Mais vous n’en ferez rien !… Votre sclérose est fixée à l’article : Contrats.Tout Paris sait qu’un auteur vous est si cher que pour le rattraper vous sauteriez des murs, de nuit ! telle est votre passion !… Il m’a été conté des exemples ! des fractures ! romantiques !

.

Bien amicalement à vous et à votre abrutie clique de cancres prétentieux !

DESTOUCHES

difficile de lire Céline, même quand on choisit une lettre relativement courtoise, quand on a entendu sa voix 

Céline

Lettres à la N.R.F.

Choix 1931-1961

folio/Gallimard

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Je peine à m’imaginer

 

photographie massacreuse d’une photo de Olivia HB en page 29 de la revue

 

Je peine à m’imaginer à quel point

je vais me sentir bien

quand j’aurai arrêté de fumer, de mentir, de boire, d’être sale et con

à quel point je vais me sentir bien

quand j’aurai bénéficié

des bienfaits antioxydants de l’aloe vera

de l’apport en oméga 3 et en fluor des poisssons argentés

de la vitamine D tombée directement du soleil

à quel point je vais me sentir revivre

quand j’aurai trouvé mon clown

à quel point je vais fondre d’apaisement

quand j’aurai pratiqué la pleine conscience

quand j’aurai renoncé à Facebook

jusqu’à quel âge je vais vivre

quand j’aurai tout bien mis en ordre dans mon estomac

quand j’aurai fait mon pain

quand j’aurai nagé le crawl

je peine à imaginer quel sera ce point au-delà de l’au-delà du bien et du mal

quand je me serai accepté moi-même

l’au-delà de l’au-delà de l’immortalité

quand je me serai tartiné de crème contour-des-yeux

quand j’aurai reclassé mécaniquement mes photos d’enfants

de chats

de vacances

que sera ce point au-delà de l’au-delà du nirvana

quand j’aurai rejoint le présent

le coeur du coeur du présent

que je serai dans lui

agile et libéré comme dans une bulle d’encre

quand je forniquerai infiniment le trou d’encre du présent

quand je coinciderai enfin

quand je serai aveugle à tout

quand je laisserai le présent me brûler les tissus

entièrement

.

je peine à m’imaginer ce qu’il adviendra

alors j’écris un petit poème

malsain

pour passer le temps

avec moi

dans ma vieille peau

qui pue chaque jour un peu plus la mort

un petit poème

qui me rend pas meilleur

.

mais

il me regarde

triste, et sourit

quand-même

salut vieux

Jean-Baptiste Happe

page 28 dans

la piscine

numéro 2

incidences – coincidences

côté noir et blanc

https://revuelapiscine.com/

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J’avais quatre ans…

 

J’avais quatre ans., mon petit frère avait un an de moins, nous vivions à la fois dans les ruines du ghetto Adiana Dardaf et dans un monde où, en dehors d’un cercle de proches, tout était sorcier et inexplicable. Ce monde était peuplé de rumeurs, de personnages impressionnants, de combattants masculins ou féminins, drapés dans des manteaux qui sentaient le feu et la poussière, de femmes qui filaient comme des ombres, d’infirmières jeunes ou moustachues, de grands-mères silencieuses et de grands-mères vociférantes, et nous devions là-dedans trouver la voie de notre indépendance et de notre bonheur de petits animaux, quitte, si quelque chose allait mal, à nous replier dans nos enfantines ténèbres et à ne plus en bouger. Les inconnus que nous croisions sur le palier ou dans les couloirs parfois s’arrêtaient à notre hauteur pour nous toucher la tête ou nous poser de bienveillantes questions sur notre âge, sur nos animaux préférés ou sur les héros rouges que nous admirions. Nous avions tendance à les voir comme des oncles quand il s’agissait d’hommes et comme des tantes quand il s’agissait de femmes, mais, la plupart du temps, nous nous contentions de constater leur simple qualité d’adultes, illustrée par leurs odeurs d’adultes et leur manière de s’adresser à nous comme si nous étions des retardés mentaux, de nous câliner le crâne en riant, ou en pleurant, car certains étaient émotifs, et ensuite de nous abandonner pour s’occuper de tout autre chose, comme si nous leur avions brusquement déplu ou comme si nous ne comptions absolument pas pour eux. De ces gens, nous attendions peu, mais nous avions toujours de l’affection en réserve et, jusqu’à ce qu’ils se redressent après s’être penchés vers nous, jusqu’à ce qu’ils nous délaissent, nous nous comportions en leur présence avec docilité et patience. Nous ne protestions pas quand ils nous dérangeaient dans nos jeux, nous nous tenions presque au garde-à-vous devant eux, pour accueillir leurs postillons et leurs caresses qu’ils souhaitaient douces mais qui nous paraissaient rudes, et pour répondre avec sérieux à leurs interrogations incongrues.

Lutz Bassmann

Black Village

Verdier

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séparation

 

En 1880, Lev Stepanovitch Baranovsky est tombé amoureux de Maria Vassilieva, la sœur de Lydie, épouse de son frère Vsevolod. Selon les règles strictes de l’Eglise Orthodoxe de l’époque, ils ne pouvaient pas se marier car leur mariage aurait été considéré comme incestueux. Seul le tsar pouvait accorder une dérogation à cette règle. Le père de la fiancée demanda une dispense à Alexandre II. Le 10 février ils reçurent une réponse qui indiquait que même si le souverain ne pouvait pas résoudre le problème, leur mariage ne serait pas annulé s’il avait lieu. Toutefois, ni la demande ni son résultat ne furent communiqués au Saint Synode de l’Eglise Orthodoxe et furent classés parmi les documents de l’administration impériale. Le couple se maria en 1881.

Des problèmes maritaux apparurent quelques années plus tard. En 1891, Lev tomba amoureux de Evgenia Viatcheslavovna Mikhailova, la fille de 17 ans d’un Conseiller d’Etat. Le supérieur militaire de Lev, le baron Von Taube réagit de manière favorable à l’épouse de Lev… Le divorce pour adultère était possible mais il serait très long à obtenir et la preuve de l’adultère devrait être apportée. Maria refusa le divorce et retourna, avec ses deux filles, vivre chez son père à Saint Pétersbourg. Le fils, Vladimir, resta avec son père.

Au printemps 1896, elle découvrit à sa grande surprise que son mariage avait été déclaré nul et non avenu par l’Eglise et qu’elle était désormais considérée comme la « Vierge Vassilieva », avec trois enfants illégitimes. Lev – qui avait sans doute informé le Saint Synode de son « mariage illégitime » – ne perdit pas de temps et épousa Evgenia Viatcheslavovna en avril 1896.

Déclarés illégitimes, les enfants perdirent tous leurs droits. Lev dut retirer son fils Vladimir du corps des Cadets. La mère, en se référant à la décision d’Alexandre II en appela à la « l’indulgence du monarque » pour que les droits de ses enfants soient rétablis. Le Procureur principal du Saint Synode fit faire des recherches dans les archives. Le document fut finalement trouvé dans les archives impériales. Le Procureur, plutôt embarrassé, affirma qu’il ne pouvait en avoir eu connaissance car aucune copie n’avait été envoyée au Saint Synode. De nombreuses requêtes de Maria et de Lev s’ensuivirent, chacune d’entre elles demandant au tsar l’autorité parentale.

Jan Doets et André Birukoff

C’était l’adieu à la Russie, l’adieu à tout

Editions QazaQ

http://www.qazaq.fr/pages/cetait-ladieu-a-la-russie-ladieu-a-tout/

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Formes d’accumulation

 

Formes d’accumulation : notes – «sous la terre, le bleu qui pense n’a pas de langue» (Reynard) – oublié regarder Loire, marché sans même voir l’eau ni rien – «tintement du chapelet contre le bol à aumônes» (Claudel) – le soir est un syndrome, tous les abandons y convergent : garder le silence, veiller, tirer les rideaux – «Quant à l’écriture, je sais que j’écris bien. C’est tout. Ça ne fait pas qu’on m’aime.» (Pizarnik) – repli dans l’angle : poussiéreux, surpeuplé – «je n’ose juger la lèpre ni Calligula» (Borges) – cette chose dans la poche et un mouchoir dessus – lignes de suture des spires successives : ciel lointain, petites mares superficielles.

.

Formes d’accumulation : notes – retenir, agréer, se départir – partir – «la réponse précède et ouvre l’appel» (Maldiney) – décomposition book – la chambre obscure de Goethe où nul fiancé ne nous suit – «mot sorti des mots» (Du Bouchet) – éviscération de chevreuil avec portrait de couple (tableau de Snyders) – greffer sur l’analyse, des tissus prélevés sur la topologie : et voir – blancheur qui transit le langage – soir : à éviter si possible – se coucher tôt.

Michèle Dujardin

Soir – Nuit

Abadôn/Editions

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