Fin de vendange

Sans titreLe pantin brûlé, sur les tables, des plateaux sur des tréteaux, sans nappes ni couverts, encombrés de vaisselle dépareillée et de verres poisseux, il ne reste qu’un panier de raisin muscat et du vin blanc en carafe, chaud et râpeux.

Dans un coin, un tas de cendres, ni braises ni fumée, juste une odeur acide, souvenir d’un feu de joie, aiguilles de pin et sarments de vigne, qui a saisi la brasucade, la grillade de moules. Une montagne de coquilles noires béantes témoigne du festin. Cernées de mouches, les poubelles débordent.

Des groupes se sont formés, les vieux, assis en cercle de chaises, les jeunes, dans les coins et sur les balles de paille, se frottent.

La fête finit.

Le hurlement réveille tout ce monde.

« On a crié ! On a crié !

Qui c’est ? Qui a crié ?

Au secours !

Ne rigolez pas, tas d’ânes, on dirait que c’est Mourad !

Au secours !

Et où il est Mourad ?

De permanence à la cave. »

Le Marocain, le seul qui n’avait pas picolé, islam oblige, retiré au fin fond de sa cave, hurle comme cochon qu’on égorge.

Ils finissent par se décider à aller voir, en groupe moutonnier.

La fraîcheur du caveau les surprend, ils frissonnent, se hèlent, s’arrêtent, s’attendent. Ils y vont à reculons, dans l’ombre, tâtonnant et trébuchant sur le dallage inégal de l’allée centrale encombrée de barriques et de machines, ils mettent un certain temps à s’accommoder.

Ils parlent bas, le lieu incite au recueillement : la chapelle du domaine, recyclée en chai, un espace en croix, aux airs d’église désacralisée où les foudres, les grands tonneaux de bois, ont dû laisser la place aux grandes cuves de béton armé adossées aux murailles et surmontées d’un entrelacs de passerelles métalliques.

Au croisement des nefs, ils prennent à droite vers le pressoir.

Plus un bruit, Mourad vient de stopper le foulo-pompe et ils découvrent le musulman désespéré, les bras ballants, en larmes devant un corps de femme, la tête et le torse plongés jusqu’à la taille dans le moût brun.

Michel Torres

«La saga de Mô – 1 La Meneuse»

http://librairie.publie.net/fr/ebook/9782371710054

Publie.net

A propos brigetoun

paumée et touche à tout
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