L’appartement (fragments)

de remonter spirale par spirale,

aux sources même de Dostoïevski,

à Gogol et Pouchkine, vers Pouchkine,

car ce lieu a un centre et c’est Pouckhine,

et ces rencontres dans les librairies

et les théâtres, les bibliothèques,

d’un bout à l’autre de la France pour

faire qu’au bout du compte ce travail

par le bouche-à-oreille se diffuse

et, pour moi, l’évidence en même temps

est d’être avec Françoise, d’être là,

de partager, autant que c’est possible,

d’aider, de toutes les façons, et ce

n’est pas un choix, ce n’est pas discuté,

c’est aussi nécessaire que le souffle,

et c’est alors que, presque par hasard,

je réalise que l’idée première

d’avoir l’appartement de Petersbourg

est devenue seconde – plus le temps

de penser vivre ailleurs, c’est devenu

un luxe, en fait, je pourrais vivre sans,

ce qu’on pensait être l’indispensable

s’est éloigné, sans qu’on s’en rende compte,

et les rares moments où j’y retourne

pour quelques jours je sens comme un conflit

muet entre le lieu réel, le lieu physique,

et l’autre lieu, celui qui me fait vivre,

et quand j’y réfléchis, je me demande

ce que c’est, ma Russie, réellement, –

l’odeur des pins, la mouse après la pluie,

les champignons ou le goût de l’aneth,

ces bribes de nature de l’enfance,

de la première enfance, trois-quatre ans,

après c’est vide, c’est le blanc total,

mais est-ce la Russie, est-ce l’enfance

ou bien les deux ne sont pas dissociables,

tout ce qui est de l’ordre de mes sens

s’est figé là comme une fois pour toutes…

…………………………

et je suis revenu où je dois être

ou plutôt non – je reviens où je suis,

sauf que je ne sais pas dans quelle langue

ni si langue il y a, je nai plus rien

des voix autour, j’ai juste la lumière,

le goût, le chaud, le froid mais pas les mots,

rien que l’ombre des mots, leur existence,

mais je n’entends plus rien, je n’entends plus

la voix vivante qui me dit Pouchkine,

le conte du Coq d’or que savais

par coeur sans savoir lire, par la voix

donnée jour après jour, au jour le jour…

André Markowicz

L’appartement

récit

éditions inculte

A propos brigetoun

paumée et touche à tout
Cet article, publié dans lectures, est tagué . Ajoutez ce permalien à vos favoris.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s