L’âme ouverte des frontières

Leurs frontières ne font pas que vous empécher de passer.

Elles vous dépouillent des vents, des frissons des feuillages.

Elles vous enlèvent une part de votre humanité, voir vous l’arrachent toute.

Elles apparaissent comme mises en surbrillance par ces houles humaines qui se font impérieuses. Elles se démultiplient : religieuses administratives ethniques territoriales psychologiques… une avalasse d’obstacles qui freinent les imaginaires. Ces frontières se retrouvent soumises à rude épreuve et donc se raidissent. Leur alternative est de se défaire dans des acides ou de s’aiguiser comme des tranchants de guillotine. Le choix a été fait de les laisser à l’inhumain et d’installer l’inacceptable. Ces frontières multiformes se mettent à broyer de la chair des espoirs et du sang, les broient encore, et toujours, sous nos yeux. Elles tuent tous les jours et en masse, mais elles s’inclineront. Elles ne pourront que s’incliner sous un imaginaire du monde qui rejoint sa propre diversité, qui fait images ainsi, et que blessent dès lors les murs et les frontières. Aucune clôture ne saurait contester le réel, ni invalider le passage du vent, l’envolée des oiseaux, les dégagés de l’esprit et des grands sentiments….

Entre les camps accumulés qui deviennent des jungles prolifère une étrange géographie portuaire : de rivages surveillés, de canalisations indignes et humiliantes, de check-poins policiers, d’espaces chaotiques où l’on se retrouve coincé, et qui ne constituent jamais une destination. Ils organisent le fait que l’on n’arrive jamais. Ils obligent à s’élancer, s’élancer encore, dans nulle part, à jamais. L’aventure d’un accueil, d’un rien de bienveillance pourra créer de-ci de-là, pour tel ou tel, une arrivée fortuite et sans doute provisoire. Mais pour les autres, embarassés dans leurs élans, l’arrivée demeure quelque chose d’improbable. Comme une étoile qui ne connait que l’aspiration du vide interstellaire. Même si la destination fantasmée pouvait se voir atteinte, l’arrivée souvent ne sera pas au rendez-vous. Les désirs vont se heurter aux raideurs d’un réel très ancien. L’élan se verra acculé à se nourrir de l’avenir qu’il pressent, dans une immobilité rageuse et mortifère. Ces élans recommencés, ces errances plus ou moins assumées élaborent une «présence au monde» qui révolutionnaire, ne fera qu’aller vers un futur encore imprévisible….

mais la fin du chapitre s’ouvre, grâce à la Relation sur un autre monde possible

Patrick Chamoiseau

Frères migrants

Points – éditions du seuil

A propos brigetoun

paumée et touche à tout
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