la fin du chenil

On ne savait pas où on allait exactement, on savait juste qu’on voulait s’éloigner de la ville, la laisser derrière nous pour toujours avec toutes ses haines et tous ses crimes, on ne la regretterait, on ne la regretterait jamais, cette ville où j’avais grandi sous les coups de la mère avait été depuis toujours le lieu de mon malheur et j’avais bien failli y crever, je me demandais encore pourquoi les chiens une fois libérés de leur cage ne m’avaient pas bouffé moi et seulement les trois autres qui se trouvaient là, était-ce parce que j’avais ouvert les cages, maintenant que j’avais la tête plus claire j’essayais de comprendre mais n’y parvenais pas, ne cessant de me questionner : comment la mère avait-elle raté son coup à ce point, elle qui j’en étais sûr m’avait envoyé au chenil avec la complicité de la Conseillère et de Krumm pour se débarrasser de moi pour que je m’y fasse bouffer, comment la mère avait-elle pu échouer à ce point ? Je marchais derrière Manky et comme lui je flairais l’air de la forêt, courais quand il commençait à courir chassant une musaraigne qu’il avait repérée au milieu des feuilles couvrant le sol, j’essayais de tout faire comme lui dans l’espoir de pouvoir m’orienter dans la forêt et de m’échapper enfin de la ville mais je ne cessais d’y revenir dans ma tête et il me semblait qu’au lieu d’avancer dans la forêt et de m’éloigner je marchais en vérité dans l’autre sens en direction de la ville pensant à nouveau à la mère qui j’en étais certain n’avait pu échouer de cette manière non c’était impossible jamais elle n’avait échoué tout ce qu’elle avait fait depuis ma naissance pour me rabaisser pour me détruire morceau après morceau avait toujours marché, toutes ces années j’étais resté à côté d’elle persuadé que je n’avais d’autre choix que de subir sa cruauté et même d’assister en spectateur à ma propre annihilation me demandant juste quand aurait lieu le dernier acte, et ce dernier acte était enfin venu le chenil oui le chenil avait été le dernier acte de ma propre annihilation – tout à coup je voyais la mère bien vivante assise dans la cuisine assise à sa place préférée devant le frigidaire grattant les pages de son cahier de ses griffes y traçant des signes de sang car du sang coulait de sa bouche sur le papier faisant une petite flaque dans laquelle elle trempait une de ses griffes avant de recommencer à écrire, puis je la voyais immobile devant la table les yeux fermés les rouvrant sur la seringue devant elle sur la table à la place du cahier saisissant la seringue de ses deux mains soupesant la seringue qu’elle tournait et retournait devant ses yeux de folle reposant la seringue sur la table avec un salle sourire, elle était maintenant sur le perron où les dobermans l’attendaient gueule baissée mais Manky courait devant moi et je perdais un instant la vision de la mère et des dobermans…

Laurent Margantin

Le chenil

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A propos brigetoun

paumée et touche à tout
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