au début

 

On se regarde discrètement les uns les autres, on se pose des questions de rien – pour entendre la voix des collègues, et c’est tout. Est-ce que celle-ci ne tremble pas un peu, comme je sens que la mienne pourrait trembler ? Mais il faut se parler ; plus ils se déploient, fil de fer barbelé autour de l’abattoir, plus notre sol devient bourbeux. Il faut se parler, il faut se dire des choses, pour qu’il redevienne celui sur lequel on n’a pas eu peur de s’avancer, de s’installer. On s’est dit ce matin : «On peut rester, ici c’est bien, et on fait ça, on garde le cador, avec nous, et ça va pas nous tuer de nous charger d’un tel poids lourd, ça ne va pas nous enfoncer – c’est même le contraire, non ?» On se parle, des mots comme «Oui ?», des mots comme «T’as vu là-bas ?». Des mots pour secouer les mouches, les peurs faciles, et se dire qu’ils n’oseront pas. Ils affichent leurs muscles mais ils vont pas oser entrer pour tout casser, nous taper dessus. Nos corps tout rachitiques, ou pleins de mauvaises graisses venues de plein de mauvaise bouffe, ne fixent pas crânement les Robocop d’en face, mais tout de même il y a cette certitude : les lentilles des caméras de la télé dressent entre eux et nous une paroi de verre façon papamobile ; elle nous protège d’une évacuation par la police ou par l’armée, cette paroi invisible. Entre deux mauvaises images (un secrétaire d’Etat séquestré ou la troupe contre des pauvres) le gouvernement va préférer attendre un peu. Ils vont négocier d’abord…

Arno Bertina

des châteaux qui brûlent

verticales

A propos brigetoun

paumée et touche à tout
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