Demeure le corps (fragment)

 

(fragment, la fin apaisée du livre)

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la fièvre allume une mèche d’éther et la drogue, plus puissante, délie les murs de leurs secrets : les fonctions vitales s’effondrent ; j’écoute la machine devenue le coeur, les poumons, le foie, me soutenir avec tendresse.

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peu avant qu’un sparadrap soit collé sur mes yeux, j’essaie de dicter encore, au moyen des paupières ; mais les spasmes déclenchent un fracas de consonnes ; ceci, peut-être, la douceur.

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j’écarte en frissonnant le feuillage des plus belles années.

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durant les heures qui succèdent au décès, la figure s’anime et une fadeur se répand, semblable à celle qui flotte l’été autour des marécages ; bulles fermentées sorties des profondeurs, les visages successifs du défunt remontent à la surface pour rendre au masque mortuaire l’expression du vivant ; l’un de ces êtres frêles, étoile du matin, est le cadavre en paix sous sa dernière mâchoire de chien.

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à défaut d’amour, se résigner au poème.

Philippe Rahmy

Demeure le corps

Cheyne Editeur

A propos brigetoun

paumée et touche à tout
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2 commentaires pour Demeure le corps (fragment)

  1. L’écriture à bras le corps.

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