L’enterrement (fragment)

 

le père sortait lui aussi, s’arrêtant au bas des marches et, tête baissée les yeux à terre, se vissant son chapeau gris tout neuf. Un temps encore, un temps minuscule mais tout le monde dans la cour s’y accrochait pour le distendre, même le chien fit silence c’est vrai que les bêtes sentent, la soeur d’Alain une marche en dessous de la porte et le père juste en bas, la mère enfin paraissant mais les voiles et le fichu tombaient droit sur le manteau, ne dessinant qu’une forme abstraite et rigide. Et puis, sa fille lui ayant pris le coude, ils descendirent tous trois ensemble en une grappe déplacée on aurait dit fixe sur son support, leur protocole qui nous incluait, spectateurs obligés, tant sont étranges ces moments, sans qu’on ait rien répété ni préparé, où un rite commande et qu’on se sent pris. La charrette s’ébranlant l’essieu recommença de grincer, le gravier crissait de nouveau sous les pas. Ils passèrent devant les parents qui ne regardaient rien, le gendre derrière eux refermait la porte de la cuisine à clé et c’est lui qui mit la clé dans sa poche.

François Bon

L’enterrement

Verdier

A propos brigetoun

paumée et touche à tout
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