Le pasteur amoureux a perdu…

 

Le pasteur amoureux a perdu sa houlette,

et les brebis se sont éparpillés sur la pente,

et lui, à force de penser, n’a même pas joué de la flûte qu’il avait apporter pour jouer.

Nul n’est apparu ou n’a disparu de ses yeux. Plus jamais il n’a retrouvé sa houlette.

D’autres, en pestant contre lui, ont rassemblé ses brebis.

Personne ne l’avait aimé, en fin de compte.

.

Quand il s’est relevé de la pente et de l’égarement, il a tout vu :

les grands vallons pleins des mêmes verts que toujours,

les grandes montagnes au loin, plus réelles que tout sentiment,

la réalité toute entière, avec le ciel et l’air et les champs qui existent et sont présents

(et de nouveau l’air, qui si longtemps lui avait manqué, est entré avec sa fraîcheur dans ses poumons)

et il a senti que de nouveau l’air donnait accès, mais douloureusement, à une espèce de liberté dans son sein.

Fernando Pessoa

Le pasteur amoureux

dans

Le Gardeur de troupeaux

et les autres poèmes d’Alberto Caeiro

traduction d’Armand Guibert

Poésie/Gallimard

tableau de Silva Porto

via Wikipedia

https://pt.wikipedia.org/wiki/Alberto_Caeiro

A propos brigetoun

paumée et touche à tout
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