Une rue (via Cigna)

 

Il ne saurait y avoir, dans cette ville, rue plus fruste.

La nuit et le brouillard : voir le trottoir, ces ombres,

Par la lueur des réverbères traversées,

Comme si elles étaient imprégnées de néant,

Des caillots de néant, sont pourtant nos semblables.

Peut-être, le soleil n’existe plus.

Peut-être fera-t-il noir à jamais ; cependant,

En d’autres nuits, on voyait les Pléiades.

Peut-être est-ce là l’éternité qui nous attend:

Non pas au sein du Père, mais embrayer,

Freiner, débrayer, mettre en première.

Peut-être est-ce l’éternité que ces feux tricolores.

Peut-être eût-il mieux valu brûler sa vie

En une seule nuit.

2 février 1973

Primo Levi

A une heure incertaine

traduction Louis Bonalumi

Gallimard

collection Arcades

A propos brigetoun

paumée et touche à tout
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