Élégie des Alizés (fragment)

problèmes avec le micro incorporé… tant pis

photo Serge Philippe Lecourt

.

Nuit Alizés du Royaume d’Enfance qui chantiez à Joal

Jusqu’au milieu de l’hivernage – mourraient moustiques et moutou-moutous.

J’ai besoin de vos palmes pour continuer mon chant, refroidir ma poitrine la gorge.

Je chante dans mon chant tous les travailleurs noirs, et tous les paysans pêcheurs pasteurs

Qui déchantent au chant de la moisson.

Et ils ne se contentent pas de traire, et de pousser l’âne et le dromadaire pour ployer le genou devant la bascule.

Je chante la jeunesse qui ne se suffit pas de cueillir pagnes et poèmes aux arènes sonores.

Que je te chante de mon mètre d’argent, mesure ton flanc indigo

Toi le Mâle noir élancé, beau sur l’arène et beau les yeux fermés

Mais plus beau de tes fines mains de labeur laboureurs

Bien plus beau de ton soc poli !

Apprends-moi les chants de travail que tu filais de ta voix d’or vert.
Les voilà qui sans tour arrondissent greniers et cases

Relèvent les carrés, qui revigorent filets et flottes de pirogues, raniment les troupeaux sous l’Harmattan.

Ô tous mes frères, que je chante votre sang rouge, vos labeurs blancs mais vos joies noires.

Que je chante pour qui je chante.

Je chante l’oriflamme de l’Afrique aux forces essentielles.

Ecoutez regardez ! Alizés se sont tus, s’est levé l’Harmattan

Et la dent du désert sur le pays, et la soif des cailloux et des khakhams

Les narines qui trompent les lèvres qui sèchent, et la peau pleine de crevasses comme le souvenir des sources.

Et le travail devient fatigue, mais nous n’avons pas reposé

Et s’en allait soudain l’Harmattan sous la pression de nos muscles….

Léopold Sédar Senghor

Elégie des Alizés

à Colette, ma femme

dans les Elégies majeures

reprises dans l’oeuvre poétique

édition Points

A propos brigetoun

paumée et touche à tout
Cet article, publié dans lectures, est tagué . Ajoutez ce permalien à vos favoris.

2 commentaires pour Élégie des Alizés (fragment)

  1. Je venais justement de parler d’élégie chez Giovanni Merloni…
    Césaire toujours impérial.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s