Les écrits d’Améry

 

A cette époque, dans les essais d’Améry sur son passé et son présent, le discours abstrait sur les victimes du national-socialisme, par trop empressé de confesser une curieuse empathie, est remplacé par la connaissance la plus substantielle de l’état irréparable dans lequel se trouvent les victimes, et qui seule permet, en extrapolant, de saisir avec quelque précision la nature véritable de la terreur. Le statut psychique et social de victime implique l’impossibilité de réparer ce qu’elle a subi. En elle l’Histoire continue d’exercer ses effets, mais c’est surtout le principe constitutif de l’histoire, la violence physique à l’état pur, qui agit en elle. Les victimes restent toujours victimes. «Je pendouille toujours, vingt-deux ans après, suspendu au bout de mes bras disloqués, à un mètre du sol(…)» écrit Améry. L’équivalent psychoaffectif de cet état dont aucun verdict de justice ni aucune réparation ne peuvent délivrer est, comme le savait pertinemment Améry, le mutisme. Devant une situation où la génération née après le régime fasciste et tout au plus concernée indirectement s’identifiait indûment à la cause des victimes, il a tenté de briser le silence que lui avait imposé la terreur, ce qui confère à son travail cette valeur particulière qui l’élève au-dessus du milieu littéraire qui l’entourait et auquel il s’exposait.

W.G. Sebald

traduction Patrick Charbonneau et Sibylle Muller

avec les yeux de l’oiseau de nuit – sur Jean Améry

dans

Campo Santo

Babel

A propos brigetoun

paumée et touche à tout
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