retrouvailles

 

Tout au bout d’une rangée ma Spaceship à trois leviers m’attendait. Coincée entre des camarades maquillées de façon bien plus provocante, elle paraissait terriblement silencieuse. Comme si elle m’avait attendu, assise sur une pierre plate, au coeur d’une forêt. Je me tins devant elle, contemplai son fronton si familier. Le cosmos d’un bleu profond, outremer, intense comme de l’encre. Et les petites étoiles blanches. Saturne, Mars, Vénus… Au premier plan, un vaisseau spatial d’un blanc immaculé, aux hublots éclairés. A l’intérieur, on avait presque l’impression de voir une famille qui partageait un moment d’intimité. Quelques étoiles filantes traçaient leur sillage lumineux dans la nuit.

Le plateau était aussi tel que je l’avais connu. Du même bleu foncé. Les cibles souriaient de toutes leurs jolies quenottes blanches. Dix lampes bonus en forme d’étoile continuaient lentement à osciller en rythme avec leurs lumières jaune citron. Les deux trous kick-out, c’étaient Saturne et Mars, la cible tournante Vénus… Tout baignait dans le calme et la paix.

Tiens, te voilà, dis-je… Ou peut-être que non, je ne dis rien. En tout cas, je posai les mains sir la plaque de verre de son plateau. Elle était aussi froide que de la glace et les marques de mes doigts chauds s’imprimèrent dessus, dix buées blanches. Comme si elle s’éveillait enfin, elle me sourit. Un sourire tellement nostalgique. Moi aussi, je lui souris.

J’ai l’impression que cela fait très longtemps que nous ne nous sommes pas vus, dit-elle. Je fis semblant de réfléchir, comptai sur mes doigts. Trois ans déjà. Passés comme un éclair.

Nous restâmes un moment silencieux tous les deux, juste un hochement de tête. Si nous nous étions trouvés dans un salon de thé, nous aurons bu notre café à petites gorgées, nous aurions effleuré les rideaux de dentelle du bout des doigts.

J’ai beaucoup pensé à toi, dis-je. Et je me suis senti terriblement seul.

Les nuits où tu ne dormais pas ?

Oui, les nuits où je ne dormais pas, répétai-je. Elle avait toujours le même sourire aux lèvres.

Tu n’as pas froid ? demanda-t-elle.

Si, je suis frigorifié.

Mieux vaut que tu ne restes pas longtemps ici. Pour toi, il fait bien trop froid.

Haruki Murakami

traduit du japonais par Hélène Morita

Ecoute le chant du vent

suivi de

Flipper, 1973

10/18

A propos brigetoun

paumée et touche à tout
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