A ras de terre

 

Dehors, il reste un peu de neige sur la nuque des choses. La semaine dernière les premiers amandiers étaient en fleur, et maintenant, le paysage est blanc. Sur les tuiles des toits on voit les pattes d’oiseaux. Avant je trouvais ça ridicule de parler du temps. Maintenant je comprends les vieux. C’est une façon de s’inclure, de se ramener au monde. Au ras des choses. J’écris à ras de terre. Je ne parle que de ce que je vis. C’est pour ça que c’est peu. C’est pour ça que j’ai tout. Je ne parle pas d’Iran, je n’y ai jamais foutu les pieds. Je parle du vieux qui siffle le générique d’Indiana Jones un matin à huit heures en jetant ses bouteilles dans le récupérateur de verre. Je parle de mon fils de six mois qui a fait la semaine dernière et pour la première fois quatre gros cacas à la suite dans son bain. Je parle de la couleur du ciel le soir quand je fume ma clope ou des cheveux en chou-fleur de ma douce au réveil. Je parle de mon enfance. Du bonhomme bancal que je suis devenu. J’essaie de dire je t’aime. J’essaie de dire les choses. Au pire de les écrire. A hauteur d’homme.

Thomas Vinau

Nos cheveux blanchiront avec nos yeux

10/18

A propos brigetoun

paumée et touche à tout
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