après la rencontre avec Ferreira

 

 

Le prêtre, assis, fixait le mur nu ; la clarté de la lune, à travers les barreaux, inondait son dos de lumière. Le discours de Ferreira tendait-il à minimaliser ses torts et à justifier sa faiblesse ? Oui, bien sûr, c’était la raison. Une partie de lui-même en était convaincue. Puis, un remous d’effroi le saisit, et il se demanda si, peut-être, les arguments de Ferreira étaient vrais en effet. Il avait qualifié le Japon de marécage sans fond. Les racines du jeune arbre avaient pourri, ses feuilles s’étaient flétries. Le christianisme, pareil à ce plant, s’était desséché, imperceptiblement, et il était mort.

«Ce n’est pas à cause de la condamnation et de la persécution que le christianisme a péri, un élément étouffant a, ici, miné sa croissance.»

Le prêtre réentendait ces mots de Ferreira, détachés syllabe par syllabe.

«Le christianisme auquel ils ont adhéré est pareil au squelette d’un papillon pris dans une toile d’araignée, une forme extérieure, sans chair ni sang.»

Quand il avait donné cette image, les yeux de Ferreira avaient brillé d’une sincérité qui n’était pas le fait du vaincu cherchant à se leurrer.

Au loin, les pas des gardes cessèrent et seul le crissement rauque des insectes troubla les ténêbres.

«Ce ne peut être vrai. Non, non. C’est impossible.»

L’expérience missionnaire de Rodriguez était insuffisante pour qu’il pût contredire Ferreira, mais accepter ses paroles, c’était perdre tout ce pourquoi il était venu jusqu’ici. Se frappant la tête contre le mur, il déroulait cette litanie : Ce ne peut être. C’est impossible !

Impossible ! Impossible ! Il avait vu de ses propres yeux ces paysans, miséreux martyrs. S’ils n’avaient pas été convaincus du salut, comment auraient-ils pu couler comme des pierres dans la mer brumeuse ? De toute façon, si simple et si fruste que fût leur croyance, elle était solide et ni les fonctionnaires ni le boudhisme n’avaient pu implanter une conviction égale à celle qu’avait répandue l’Eglise chrétienne…

Shûsaku Endô

Silence

traduction de l’anglais par Henriette Guex-Rolle

Denoël

folio

A propos brigetoun

paumée et touche à tout
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