Sur le fleuve qui afflue dans les fleurs

 

Les fleurs ne vivent qu’à l’année. Dans les hommes monte une sève qui passe les saisons. C’est le passé qui porte de l’amont vers l’aval. Les fleurs sont sans passé : elles sont même sans saison. Leur sève est la sève. Elles puisent aux Jadis en acte.

La sève qui monte, qui accroit, qui pulse dans les plantes et les hommes est le temps qui concerne le temps.

Le temps comme premier, le Primum Tempus, le temps comme première fois, le temps comme dernière fois, le temps comme mélancolie, comme mortel, n’existe que pour les sociétés humaines.

Le Jadis, la poussée, le geste instinctuel, fouir, bondir, voler, les animaux sont sans qu’ils aient à le connaître.

Il y a sur toute face animale quelque chose d’âgé. Un air de Jadis.

Le temps comme printemps, les hommes l’ont inventé.

Le printemps sur les jeunes filles et sur les jeunes garçons, comme beauté, les hommes l’ont inventé.

Pascal Quignard

Les Ombres errantes

folio – Gallimard

A propos brigetoun

paumée et touche à tout
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