la mystique du mouton

sans-titreMostafa Belkayate… donne ce très beau portrait de lui-même, du spéculateur comme artiste zen :

…..

Prenons la décision au dernier moment, l’Univers financier nous le rendra. C’est exactement ce que nous enseignent les maîtres du pinceau et du tir à l’arc.

Vous voilà assis devant votre écran.

Votre position est confortable et paisible. Vous voyez défiler les courbes du dollar, du pétrole, des indices boursiers… Il y a des pensées qui surgissent, des pensées agressives, des pensées heureuses, des pensées troublantes, des pensées agréables… mais vous ne vous en occupez pas.

Vous ne vous raidissez pas, vous ne réagissez pas, vous n’y accordez aucune attention.

Vous êtes assis tout simplement et vous regardez.

La forme de la spéculation la plus fondamentale est pure attention:

Observer sans s’accrocher, sans s’attacher, sans juger. Observer le va-et-vient des cotations. Écouter les émotions, les inquiétudes et le dialogue qu’il y a derrière ces chiffres, ces graphiques.

C’est sa définition du présent :

Là vous êtes en plein dans le présent. Avec la pratique vous pourrez arriver à avoir accès à une partie du Savoir Universel… et la spéculation n’aura plus aucune importance puisque vous serez dans une autre dimension…

[…] Gardez l’humilité de vous en tenir au rôle de témoin de ce qui se passe sur les marchés. Ne tombez pas dans cette tentation de certains grands traders qui sont plus préoccupés d’être acteurs des marchés que de faire des profits.

Il nous donne généreusement son secret :

Cette façon de trader m’est personnelle. […] En l’utilisant régulièrement, vous apprendrez à moins penser et par conséquent à ressentir davantage.

Le présent l’emporte sur tout. Ne pas s’y tenir explique les mauvaises décisions. Notre cerveau est bien plus rapide que toutes nos soupesées, hésitations, prévisions.

Voilà un trader qui s’est porté vendeur à découvert sur le blé. Et supposons que le temps se gâte et brusquement le blé commence à monter. Cela veut-il dire que ce trader s’est trompé ? Bien sûr que non !

Il a simplement pris une décision que le marché n’a pas acceptée. Qu’à cela ne tienne ; il encaisse le plus tôt possible sa perte et se repositionne dans le sens du train.

Ne pas avoir peur de se tromper fait partie de la qualité d’un bon spéculateur, mais cette qualité doit aller de pair avec celle de reconnaître le plus vite possible qu’on n’est pas dans le sens de la marche.

On dit que les spéculateurs sont moutonniers. On oublie qu’il y a une mystique du mouton.

Dans ce présent le marché du blé est un marché, il n’y a pas de blé. Pas de paysans, pas de faim – pas de causes, c’est le passé, pas de conséquences, c’est le futur. Pourtant, il suffit que la spéculation sur le riz parte à la hausse pour que des gens (ceux qui l’achètent pour vivre jusqu’aux prochaines récoltes) crèvent de faim. Le vrai professionnel est sans causes et sans conséquences. Il est pur acte dans le flux. Il est sans volonté contraire au flux. Il tue. Il est un voyou armé et qui tire en même temps que d’autres innombrables criminels et il n’entend pas la détonation sans nombre, sans dimension.

Il est calme, droit, concentré. Il fait le geste décisif avant même de savoir qu’il le fait.

Laurent Grisel

Journal de la crise de 2006, 2007, 2008

d’avant et d’après

publie.net

http://librairie.publie.net/fr/ebook/9782371774643

A propos brigetoun

paumée et touche à tout
Cet article, publié dans lectures, est tagué . Ajoutez ce permalien à vos favoris.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s