Contre Ctésiphon

Autrefois il y eu en effet des hommes qui, exerçant les plus hautes magistratures et administrant les revenus publics, se laissaient corrompre dans chacune de ces fonctions ; ils se conciliaient alors les orateurs du Conseil et ceux du peuple et prenaient ainsi nettement les devants pour leurs redditions de comptes par les éloges et les proclamations qu’ils se faisaient décerner ; de la sorte, lors des redditions de comptes des magistrats, les accusateurs étaient plongés dans un embarras extrême, et bien plus encore les juges. Bon nombre de ces magistrats, bien que convaincus de flagrant délit de concussion, échappaient naturellement aux tribunaux : les juges auraient eu honte, je pense, de voir un même homme dans la même cité, et peut-être aussi la même année, qui venait d’être proclamé, au cours des jeux publics, digne d’une couronne d’or attribuée par le peuple, pour sa valeur et son sens de la justice, peu de temps après sortir du tribunal condamné pour concussion ; si bien que les juges étaient contraints de se déterminer non pas en fonction de la faute commise, mais en considération de l’honneur du peuple. L’ayant remarqué, un législateur établit une loi, une loi excellente, qui interdit expressément de couronner les magistrats encore soumis à reddition de comptes. Puis, comme le législateur avait pris ces excellentes mesures préventives, on a trouvé des arguments plus forts que les lois, et, si personne ne les dénonce devant vous, on vous trompera complètement sans que vous vous en aperceviez. Car certains de ceux qui, contrairement aux lois, décernent une couronne aux magistrats soumis à reddition, sont de nature modérée – pour autant qu’on puisse être modéré quand on rédige illégales -, en tout cas ils prennent les devants, en prévision de toute honte.Ils ajoutent en effet à leurs décrets : «couronner le magistrat soumis à reddition lorsqu’il aura rendu ses comptes et comparu devant les vérificateurs pour sa magistrature». La cité, elle, subit toujours le même tort : éloges et couronnes font que les redditions de comptes sont jouées d’avance : cependant, l’auteur du décret montre à ses auditeurs que, sans doute, sa proposition est illégale, mais qu’il rougit de sa faute.

Eschine

Contre Ctésiphon

traduction Christian Bouchet

dans

Démosthène, Philippiques, sur la couronne – Eschine, Contre Ctésiphon

GF Flammarion

A propos brigetoun

paumée et touche à tout
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