souvenir de notre maison


Il y a la maison. Notre maison. Comment imaginer la vie durablement hors d’elle ? Cette maison nous l’avons achetée ensemble, ensemble nous avons décidé de changer tous les carrelages, spécialement ceux de l’entrée qui, vraiment, étaient impossibles. Nous y avons accumulé des meubles et des objets, achetés en vue de la place qu’on imaginait pour eux. Cette maison, nous l’aimons. Nous y avons fait tant, qu’en y rentrant, chaque soir, c’est comme si les murs le rendaient : une intense sensation de soulagement. Ici nous avons trouvé tous les deux notre lieu. Même ce qui est incommode, le corps s’y est habitué. Cette marche un peu traître et glissante, pas assez haute pour être vraiment notée, et qui survient au beau milieu d’un pas quand on arrive de la cuisine vers la salle à manger. Ce bouton interrupteur dans la chambre du premier, situé à la porte. Ce placard de la buanderie, trop étroit pour y ranger un certain nombre d’ustensiles et produits qui devraient logiquement y trouver leur place. Ce volet rapporté sur la fenêtre du bureau, qui ferme mal car le loquet n’est pas adapté… Tous les gestes de contournement qu’imposent ces défauts sont imprimés dans le corps de chacun des membres de la famille. Nous pouvons vivre ici en dormant, le flux de ce qu’il y a à faire s’écoule quand même. C’est reposant. Un geste effectué quotidiennement, sans y penser, c’est une nourriture. On n’est jamais que ce que la subordination à des gestes quotidiens a fait de nous. Ce geste, par exemple : la croix balayée sur la poitrine, tête d’abord puis plexus puis cœur et enfin on termine à droite, presque au niveau de l’épaule, tout cela vite et comme furtivement, en gardant la poitrine creuse… Ce geste qu’on désignait comme le fait de se signer… Aujourd’hui on a remplacé ça par d’autres signes d’allégeance. Celui, par exemple, de la tête penchée de côté, nuque un peu cassée afin d’accueillir entre l’oreille et l’épaule le combiné téléphonique, pendant qu’on garde les mains libres de faire autre chose. Petite obole consentie au culte de l’efficacité.

Ces gestes mille fois faits sont pesants, et pourtant renoncer à tous ces petits étais serait douloureux. Comment s’imaginer vivre sans lieu pour façonner les gestes du quotidien ?

Trouver un lieu, même temporaire : faire un arrêt.

Cécile Portier

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A propos brigetoun

paumée et touche à tout
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