Message

Cher lecteur,

Je ne crois pas que je vais écrire un texte sur la surveillance, je n’ai pas le cœur à écrire sur la surveillance parce que je me dis que la surveillance n’est pas bonne pour écrire quoi que ce soit, qu’il est impossible d’écrire sur la surveillance parce que la surveillance est déjà dans l’écriture, toujours dans l’écriture. Avant j’écrivais pour sortir de la surveillance, j’écrivais toujours pour lutter contre les surveillances, c’est-à-dire que je pensais que la première chose à faire contre la surveillance était de cesser de devoir surveiller son langage et que l’écriture était, sinon le seul moyen, du moins un bon moyen de laisser le langage sans surveillance, lâcher son langage dans sa nature sauvage, tu vois, loin des formes civilisées et des bonnes manières de la littérature, je pensais que l’écriture était un endroit sans surveillance tandis que la littérature était un lieu de surveillance, évidemment ce n’est pas aussi simple parce que l’écriture est aussi sous surveillance, son silence même est le résultat de la surveillance, c’est-à-dire qu’écrire réduit au silence, parce que quand tu écris qu’est-ce que tu fais, tu surveilles ta nature sauvage, tu es sans cesse à veiller sur la nature sauvage et tu te rends compte que cette nature sauvage est déjà atteinte ici et là, par un trouble civilisé, que ce trouble civilisé est déjà une destruction, que tu détruis par ta civilisation surveillante qui veille sur ta nature la nature même de ta sauvagerie pourtant si nécessaire, si essentielle à ton écriture et même, tu le sais, à ta vie, c’est-à-dire à la vie. Alors qu’est-ce que tu fais ? Tu téléphones à des amis, tu leur demandes comment ça va, tu te soucies de tes amis et tu t’accroches à leur actualité, tu cherches quelque chose de social, je veux dire d’amical et de bienveillant, qui ne soit pas une autorité, pas un pouvoir, peut-être pas la nature, mais au moins pas la culture, parce que la culture te surveille.

Noémi Lefebvre

dans

Surveillances

ouvrage collectif

publie.net

http://librairie.publie.net/fr/ebook/9782371771499

A propos brigetoun

paumée et touche à tout
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Un commentaire pour Message

  1. jeandler dit :

    Il y a œil et œil…
    L’œil était dans la tombe et regardait Caïn.
    Écriture sans conscience n’est que ruine de k’âme.

    Un sujet à creuser : Écriture et Littérature.

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