le départ du passeur

 

Ne manquent pas d’imagination ces scribouillards ! Toi, mon complice ? Des mots qui me restent encore sur l’estomac ; même mort, tu continues à me prendre – ma vie, mon histoire ! Tu es mort ; s’il te plait, mort. Je leur dirai, je suis le seul passeur de la famille ; passeur c’est mon histoire, pas celle de mon père.

Je pars là-ba, papa ; là-bas, c’est grand. Me noyer dans la masse, ne jamais revenir ici. Oh non, pas comme les autres clandestins qui veulent gagner assez d’argent de l’autre côté et rentrer, ouvrir commerce – de vrais bussinessmans ! revenir après avoir réussi – le grand rêve ! – ramener de quoi vivre à la famille. Moi c’est retour arrière impossible et au diable la famille ! Enfin si le passeur arrive dans… dans cinq minutes avec les papiers qu’il faut. Trois passeports. Surtout à la frontière être très naturel… mais c’est quoi être naturel quand on ne sait pas comment les autres, de l’autre côté font pour être naturels ? Ça va aller, j’ai vu comment ils font dans les films. Si un douanier m’arrête, je lui sors naturel, comme si j’étais un habitant de l’autre côté : «M’ouais bouffon, y a pas de lézard, je te kiffe grave !» Et surtout ne pas leur glisser de billets, ils n’aiment pas ça les douaniers de l’autre côté. Tu t’imagines papa ? C’est tout de même un peu compliqué ça ! C’est tout de même un peu compliqué ça ! Comment se faire comprendre de quelqu’un qui ne parle pas le langage des billets ?

Se méfier des passeurs. Les deux yeux toujours sur la brêche, c’est qu’ils ne sont pas forcément tendres mes collègues !

Ils ne m’auront pas. Moi je connais tous les itinéraires dangereux. Faut mieux affronter les patrouilles que les mines. Et si jamais on se fait serrer, j’espère que personne ne reconnaîtra sous mes traits l’ancien passeur, sinon je suis bon pour un moment en enfer sous les coups de ces salauds de policiers ! Connards de passeurs, ça m’embête tout ce fric que je dois leur filer…

Gustave Akakpo

Arrêt sur image

dans

écritures d’Afrique

dramaturgies contemporaines

CULTURESFRANCE Editions

A propos brigetoun

paumée et touche à tout
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