Dixit Paumée selon Christine Jeanney (fragment)

le jour où nous suspendions nos manteaux de petites citadines, pour rester en chaussons quadrillés (nez face au mur, comme les autres, j’accroche mon manteau au clou qui m’est réservé et puis, en essayant de faire comme si c’était normal, comme si j’en avais l’habitude, en jetant un coup d’œil pour voir si les autres le remarquent, savent que je suis complètement du groupe, j’extirpe mes pieds de mes nouveaux sabots de cuir noir, et je pars dans mes jolis chaussons à carreaux en négligeant les patins qui m’étaient réservés)

nos sarraus qui étaient un peu trop raffinés, faits dans des pièces de vichy que maman avait en réserve

creuser avec mon crayon, les rainures de la table, jalouse de ceux qui peuvent faire des marques, ou bien j’ai pu pousser sur le fond de l’encrier pour le faire sortir, en équilibre un peu instable, ou prendre un air sérieux pendant que mon petit voisin plaisante. D’ailleurs, par moment, encore, je le comprends mal

.

un mausolée qui comprend la seule pipe que je ne me souviens pas lui avoir connue, et cette fabuleuse et très abîmée montre qui a tenu bon une bonne quarantaine d’années, et qui lui avait été offerte par l’équipage de l’un de ses bateaux chéris «le Coutelas» — premiers commandements, et vie à la mer et sa mer. «Le Sabre» et «le Coutelas», patrouilleurs côtiers cédés par la marine américaine

la navigation entre les îles grecques, où il est chez lui (si ce n’est pas strictement vrai, ça l’est pourtant).

ces photos, aussi, où, vêtu d’un large short blanc, qui, dans le vent, prenait un air de jupe plissée, il chasse le marsouin, et cela me ravissait

.

Nous les aimons.

Et le garçon qui apprend à marcher, tombe, nous encombre.

Maman pleure. Son frère a été tué.

Je garde les autres.

Je suis en colère parce qu’elle a mal.

Il y a Papa quand son bateau est au port,

et les histoires qu’il raconte, suivant des règles, pour qu’on sache quand on doit avoir peur

..

pour la première fois, ici, il m’arrive de regarder ce qui m’entoure autrement que comme un prolongement de moi

apprendre à découvrir ce qui était dans cette belle lumière, trier les sons pour découvrir ceux qui m’étaient musique, tenter, maladroitement, de toucher moi aussi

Christine Jeanney

un peu

Brigitte Célérier

Dixit Paumée

publie.net

http://librairie.publie.net/fr/ebook/9782371771512

A propos brigetoun

paumée et touche à tout
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Un commentaire pour Dixit Paumée selon Christine Jeanney (fragment)

  1. Hervé dit :

    beaucoup d’émotion(s). Merci

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