Chômeur

La rancoeur des exclus, si tu tombes dans ce piège-là ne t’en plains qu’à toi. T’aurais pas ta situation comme prétexte, tu trouverais autre chose et tu serais toi pareil. Le chômage c’est une suite de murs, presque de miroirs où tu n’as rien que toi pour exorciser le piège, où le moindre frottement s’amplifie à t’en casser les oreilles, à devenir insoutenable et gigantesque à force féroce de ce temps inutile, répété : dans ton chômage, tu es en cage. Tu y es avec d’autres, comme ils trinquent. Forcément un moment l’autre ça grippe. Jamais ça ne fait du joli. Et dans la fuite, toi tout seul et tes rêves, pas mieux : tu n’as que toi pour écluser le grincement global, tu plonges en toi peu à peu comme dans une mare tranquille mais où le moindre bruit fait mal, où rien n’enraye la descente, où ce que tu veux saisir se défait sous la main, la laisse vide et tout toi dedans pareil. Et rien du dehors qui puisse servir même de repoussoir, ne vient meubler le temps de repères qui, s’ils ne te plaisent pas, ne sont dus qu’à ce piège. Sont pourtant encore et malgré tout des marques de pas dans la glaise vierge de ton temps vide, toi qui erres et y tournes, où tu persistes parce qu’il faut bien, où traverser un jour et quitter il faudra bien.

Je n’aurais pas dû m’allonger. Pourtant il n’est que sept heures, à peine si j’ai flanché vingt minutes.

C’est allé si vite, ferme les yeux, la tête qui tourne et plus plus rien…

François Bon

Le deuxième livre est toujours le plus difficile à écrire

Limite, et le roman de limite

tiers livre éditeur

http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article4014

A propos brigetoun

paumée et touche à tout
Cet article, publié dans lectures, est tagué . Ajoutez ce permalien à vos favoris.

Un commentaire pour Chômeur

  1. Godart dit :

    Comme quoi il ne faut pas investir toutes ses billes de désirs, d’intérêts, de projection de soi dans le travail, aussi intéressant soit-il. Au risque quand celui-ci s’arrête pour une raison ou pour une autre, la pire étant d’être jeté dans la négation de soi-même, comme quelque chose qui n’est plus rentable,dans cette béance ouverte et dans cette cage comme le dit François Bon, ne reste que ses propres grincements d’avoir oublié ou n’avoir pas su ou pas pu investir tout le reste, c’est-à-dire l’essentiel dans le temps imparti d’une vie d’adulte. Compression de la société où la réflexion d’un autre possible dans le temps du travail devient un luxe ou bien l’expression d’une volonté farouche de n’être pas dupe.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s