après l’opération

La porte et les yeux clos. Ce que je vois avant d’ouvrir les yeux. Comme dans une sorte de dédoublement. Je me vois au-dessus de mon corps horizontal relié à différentes machines sophistiquées qui émettent des sons professionnels. J’ouvre les yeux, la porte est toujours close. Je sens les draps frais sous la paume de mes mains. Les mains sagement reposent de chaque côté de mon corps, les bras allongés au-dessus des draps impeccablement repliés. Je respire aisément. Ma poitrine se soulève régulièrement et je fais en sorte de ralentir le mouvement d’expiration. Mes orteils dociles se fléchissent, s’étirent, s’écartent, se chevauchent. Tout est sous contrôle. Encore faible, je ne me risque pas à pousser plus loin mes investigations. Je suis vivante. C’est l’essentiel. Bientôt la porte va s’ouvrir et dès le premier regard je saurai.

.

Il porte encore son costume et son masque de chirurgien mais de manière négligée, ça manque de tenue tout ça. On voit bien que le spectacle – ou la bataille – est fini. Ses yeux disent que tout s’est bien passé. Les mots ensuite ne viennent qu’apporter des précisions, des détails. Je ne sais pas si j’aurai la force d’applaudir. «Vous êtes réveillée ? Je vous rassure, vous n’aurez pas de séquelle. Il a fallu explorer loin et profondément, je voulais être sûr d’enlever tout. Vous pouvez vous reposer, me dit-il tout en examinant l’écran du monitor sur ma droite. Je reviendrai vous voir ce soir.» Il se tourne déjà vers une infirmière pour indiquer une posologie de «…énol» et de «…édil» et fait demi-tour.

– Docteur !

– Oui ?

– Dites-moi, elle était comment ? ma p…

– Je vous coupe tout de suite ! Interdit de prononcer son nom, ou un synonyme ou un mot de la même famille ! N’y pensez même pas ! Il en va de la réussite complète de l’opération. Je vous avais avertie ! Vous et vos proches, il faut vraiment que vous respectiez votre part du contrat.

– Mais dites-moi au moins si elle était bénigne ou…

– Comment vous sentez-vous ?

– Bien, Docteur, étrangement et merveilleusement bien.

– Vous voyez bien, allez maintenant dormez et oubliez.»,

dit-il d’un ton assuré.

Impérial, il sort, suivi de sa suite… cela me fait sourire et mal en même temps. Si longtemps que je n’ai pas fait jouer les muscles du sourire… les commissures des lèvres manquent de souplesse. Probablement un effet de la morphine, du glucose ou d’un quelconque produit s’écoulant dans mon sang par la perfusion, non seulement je ne ressens aucune douleur mais je me sens plutôt euphorique. En sécurité….

Christine Zottele

Vous vivez dans quel monde ?

Editions QazaQ

http://www.qazaq.fr/pages/vous-vivez-dans-quel-monde

A propos brigetoun

paumée et touche à tout
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2 commentaires pour après l’opération

  1. czottele dit :

    votre voix pour porter ce texte me ravit! Grand merci, Brigitte!

  2. Francesca dit :

    Je ne sais pas de quoi il s’était agi puisqu’il est interdit de nommer, heureuse que tout aille bien !

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