Homonculus, l’indifférent

 

 

Sa voix, établie sur un ton monotone indifférent et dominateur, libre d’intonations et de modulations, convenait parfaitement à sa nature. Cette manière de s’exprimer a, pour ceux qui s’en servent, quelque chose de divin, car ils se croient planer au-dessus des diverses situations humaines comme au temps de la création l’Esprit flottait au-dessus des eaux.

Ce genre de conversation qui, chez bien des gens, n’est qu’une forme étudiée était naturel à Homunculus. Rien n’était susceptible ni de l’égayer, ni de l’attrister. Tel qu’un dieu, il pouvait traverser, sans ressentir la moindre émotion, les joies les plus vives et les peines les plus cuisantes ; un sourire stéréotypé parvenait à peine à errer autour de ses lèvres.

Ces traits particuliers de son caractère, enviables sous certains rapports, s’expliquent aisément. Le grand magicien était bien parvenu à imiter un homme semblable à tous les autres par les gestes et les pensées, mais il avait été incapable de lui donner un cœur, de faire jaillir en lui cette étincelle divine qui réchauffe tous les êtres comme le soleil exerce son action bienfaisante sur la terre. La monotonie de voix d’Homunculus, le manque général d’expression dans toute sa personne, dérivaient de son imperfection irrémédiable, causée par l’impuissance de son maître à pousser plus loin une œuvre au-dessus de la portée des simples mortels. Cette imperfection privait l’automate des sentiments et des passions qui ennoblissent l’humanité et qui découlent du principe de sensibilité que nous portons en nous-mêmes dès notre naissance, mais qui produit des effets totalement différent suivant les individus.

Celui qui, vivant par l’âme comme par le corps, se serait mis en rapport direct avec l’automate n’aurait pas tardé, en présence de ses traits impassibles, de son regard sans mouvement, à sentir le froid pénétrer autour de son cœur. Albert-le-Grand éprouvait souvent lui-même du malaise à ses côtés, et la vue de cet être vivant et pourtant artificiel, qui était son ouvrage, le plongeait parfois dans une sorte de gêne et de terreur indéfinissables.

Ralph Schropp

L’Automate

dans

Archéologie ArchéoSF

5 ans

publie.net

A propos brigetoun

paumée et touche à tout
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Un commentaire pour Homonculus, l’indifférent

  1. Arlette A dit :

    Peur d’un être qui arrive arrivera est peut- être déjà là

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