le gardien de cailloux (fragment)

 

 

La vie est déserte. Elle est morte pour les morts. A la fin, on devient des animaux… Comment peux-tu parler, si tu es mort, redis-je redis-je à mon cada – alors que mon corps est là, seul, qui vit dans c’t’amertume ? … Alors je repétai à mon corps de faire le chien et il se tut. Et il pensa désormais en noir-et-bleu. Alors je fis repentir mon corps d’être, car il n’avait déjà plus que moi pour l’animer. Ni que pour moi pour y assister. «Si je t’anime plus, tu tourneras cadavre, tu rejoindras publiquement le bon silence des choses…» Alors je répétai à mon corps de faire le mort et il se tut. Alors, pour le jouer cadavre, je le rompis et je le partagea. Alors je repentis mon corps, devant toutes ces bouches, pour qu’elles fassent les mortes avec, et qu’elles se tussent avec. Ou qu’elles en sortent.

J’envisageai de passer la suite de ma vie à travailler cuisine dans un p’tit restaurant interrogatif mais tranquille : j’avais même plus la tête à être, ni même une voix qui me creuse en un chien, ni même encore assez d’oreilles et d’vanité pour m’écouter pisser sur les feuilles… Alors une voix creuse ma voix… ni même la voix qui creuse ma voix… ni même mon cadavre qui fléchit… Ainsi entendis-je ma voix, comme celle de celui qui mentait, ou comme une personne qui creuserait à l’intérieur de moi, ou comme une personne qui creuserait encore, et jusqu’à la mort, à l’intérieur du corps d’un bonimenteur. Je cessai donc de passer, repasser, penser à entasser toujours allées et venues. A l’intérieur d’un bonhomme, il y a un bonhomme.

J’avais eu deux enfants, dont l’un des deux est encore à l’heure actuelle présent à Manosque, et représentant en vin. L’autre est un être complètement entièrement construit en souffrance… Et c’est ainsi que mon fils souffrit, de même que moi-même quand j’avais son âge. Le troisième était un être complètement polissé et urbain et étranger à nous trois. Mais son frère de souffrance est une créature de la pure souffrance. Quand j’aurai quitté ce solennel plafond, couvrant cette scène si solennelle, vous direz à tous que je n’étais qu’un vivant ici, que vous avez aperçu : et vous aurez sans doute raison… Voici bilan. Voici mes luttes de vie. Voulez-vous prendre ceci ? Ce sont des choses pour la vie ; des particules de monticule que je vous cède pour pas cher. Prenez c’est pas rien.

Valère Novarina

Le Vivier des noms

P.O.L.

Pardon demandé pour le piètre résultat de mon audace

en hommage à l’auteur et ses acteurs

A propos brigetoun

paumée et touche à tout
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3 commentaires pour le gardien de cailloux (fragment)

  1. Lelius dit :

    Ô que j’ai du mal avec monsieur Novarina ! Il me semble qu’il est à la littérature ce qu’est la musique électro-acoustique à la musique.
    Merci de m’avoir donné une nouvelle occasion de l’approcher, mais…

  2. brigetoun dit :

    là nos goûts diffèrent

  3. nanamarton dit :

    Attirée dès les premières lignes, je n’avais pas reconnu Novarina…
    pas de pardon qui tienne, votre audace est de salubrité publique et fait le bonheur de quelques uns (beaucoup ?)… merci, encore.

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