gigantesques montagnes de la folie

 

 

d’autres exagérations monstrueuses et perturbantes de la nature semblaient nous entourer. J’ai dit que ces pics étaient plus hauts que ceux de l’Himalaya, mais les sculptures m’interdisaient désormais de prétendre qu’ils étaient les plus hauts de la Terre. Ce sinistre honneur était sans doute réservé à quelque chose qu’une bonne moitié des sculptures hésitait tout simplement à représenter, tandis que d’autres ne l’ébauchaient qu’avec dégoût et en tremblant. Il semblait qu’une partie de l’ancien continent – la première partie à s’être élevée au-dessus des eaux après que la Terre s’est séparée de la Lune et que les Grands Anciens se sont infiltrés depuis les étoiles – en était venue à être maudite comme un démon flou et sans nom. Les cités qu’on y avait construites s’étaient effondrées avant leur temps, on les avait retrouvées soudainement désertes. Et quand survint à l’ère comanchienne la première secousse terrestre à avoir convulsé cette région, l’effrayante ligne de pics avait tout aussi soudain surgi parmi les plus épouvantables fracas et chaos – et la Terre avait hérité de ses plus effilées et plus terribles montagnes.

Si l’échelle des sculptures était correcte, ces choses abhorrées devaient dépasser même les douze mille mètres – radicalement plus hautes encore que les choquantes montagnes de la folie que nous avions rejointes. Elles s’étendaient, semblait-il, de 77° de latitude et 70° de longitude est à 70° de latitude et 100° de longitude est – à moins de cent cinquante kilomètres de la cité morte, si bien que nous aurions pu apercevoir ses effrayants sommets dans le lointain ouest, si ce n’avait été cette brume vague et opalescente. Leur extrémité nord devait être visible de la même façon le long du cercle polaire depuis la terre de la Reine-Mary.

Quelques-uns des Grands Anciens, dans les temps de la décadence, avaient rédigé d’étranges prières à ces montagnes ; mais personne n’en avait jamais approché, ni osé deviner ce qu’il y avait au-delà. Aucun oeil humain ne les avait jamais vues, et plus j’étudiais les émotions transcrites par les sculptures, plus je souhaitais qu’aucun ne le fît jamais.

H.P. Lovecraft

Montagnes de la folie

traduction François Bon

Points

A propos brigetoun

paumée et touche à tout
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