J’avais peur de ce métier

 

 

Jean-Paul le patron

Fumait pétard sur pétard

Écoutait Higelin et Gainsbourg

Plus tard il partit faire

De l’argent en Arabie Saoudite

Là-bas la peinture sèche vite

Il tomba de l’échafaudage

S’estropia

Un genou brisé

Je ne l’ai pas vu

Depuis plusieurs années

J’avais peur de ce travail

De façadier

Il fallait monter en moulinant

Sur des passerelles de planches

Jusqu’à des douze mètres

De hauteur

Et attaquer le mur au rouleau

D’un ample joli geste

Le câble s’ajustait sur la poulie

Et me précipitait dans un vide

De cinquante centimètres

C’était terrifiant

Cette si courte plongée

Tétanisé je ne pouvais

Travailler peindre façader

La nuit je rêvais de chutes

D’échelles renversées

De vent méchant

Qui cognait aux murs à enduire

Alors je suis resté en bas

Et je remplissais les bidons

De peinture je brassais

Les mélanges

Ou j’allais avec la Fiat

Chercher du vin à l’épicerie

Pour ceux du bâtiment

Je n’ai pas fait longtemps

Ce métier

C’était à la fin de l’hiver 1980

J’avais de beaux cheveux

Plaqués sous un bonnet

Empesé de peinture.

Hervé Bougel

Arrache-les-carreaux

les Carnets des déserts de lune

repris dans

Voix intermédiaires

anthologie de poésie contemporaine

L’inadvertance – publie.net

http://librairie.publie.net/fr/ebook/9782371771420

A propos brigetoun

paumée et touche à tout
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