les traces

Te voici maintenant qui regardes en l’air, vers la branche à laquelle tu trouves un air penché, repenti presque, lourde encore du poids qui il y a encore peu s’y balançait ; mais non, c’est simplement parce que tu sais que c’est cette branche-là, c’est simplement pour cela que tu lui trouves cet air-là.

Alors tu cherches, à présent, puisque tu es là, puisqu’il faut bien donner un sens à ta présence ; ton regard soudain s’aiguise, tu te surprends capable de répérer le moindre détail infime, et ton esprit maintenant est capable d’y proposer toutes les interprétations vraisemblables ; tu vois bien décidément que ça te sert, ce qu’on t’a appris là-bas.

Voilà : c’est pour ça que tu les trouves, finalement, les traces ; si énormes qu’elles ont échappé aux paysans aveuglés par l’incarnation suspendue et oscillante de leur mauvaise conscience – il y a de la bête, là-dedans, en effet, de la bête qui fouille la terre et les entrailles, tu le devines à la profondeur des empreintes dans la boue ; de la bête inconnue, ou oubliée, en tout cas ; de celle qui se réveille parfois dans les cauchemars d’enfant.

Philippe Annocque

Chroniques imaginaires de la mort vive

melville éditeur

A propos brigetoun

paumée et touche à tout
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Un commentaire pour les traces

  1. Godard dit :

    Les pulsions archaïques ont une fonction subliminale permettant parfois,à pas de loup,de pénétrer le monde de l’invisible,entre rêve et réalité .

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