Mort d’un piano

Sans titrePayne se sentait obsédé par l’époque où il avait démoli le fameux piano avec son calibre .22, par la merveilleuse explosion du bois aux finitions impeccables, par les cordes brisées qui se recroquevillaient loin des rais libérés de la lumière épicée du piano, la crosse tiède en noyer de son .22, cet autre parfum des cartouches tirées, le mot balle explosive, la colère de l’ennemi, les disques argentés laissés par les balles sur la fenêtre, la précision élémentaire d’une hausse à oeilleton, l’acier bleuté du canon, le nom Winchester quand on vivait en Amérique, l’univers des cartouches BB et des fusils à canon long, des balles tirées dans le mille ou à côté de la plaque, le désir incessant de bousiller les monuments, et jusqu’à ce piano, monument privé, qu’embusqué dans un bel arbre il cribla de chevrotine, en proie à la vision presque aveuglante de cet objet misérable qui finissait dans un tumulte d’acajou, d’ivoire, d’ébène et de cordes éclatés. Aucun accord de Bach n’engloutirait plus jamais les arbres sous son austère négation.

Thomas McGuane

Embuscade pour un piano

traduction Brice Matthieussent

10/18

A propos brigetoun

paumée et touche à tout
Cet article, publié dans lectures, est tagué , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.

2 commentaires pour Mort d’un piano

  1. tirer sur un piano : il n’y a pas mort d’homme…

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s