Dans la forêt de l’absence (fragment)

Sans titreDes orées de mers inconnues atteignaient, à l’horizon de notre audition, des plages que nous ne pourrions jamais voir, et c’était pour nous un bonheur d’écouter, au point de la voir en nous, cette mer où indubitablement, cinglaient des caravelles dont la navigation avait d’autres desseins que les desseins utiles et commandés de la Terre.

Nous remarquions soudain, comme quelqu’un qui réalise qu’il est vivant, que l’air était rempli de chants d’oiseaux, et que, semblable à d’anciens parfums en satins, la houle du frottement des feuilles était plus profondément imprégnée en nous que notre conscience de l’entendre.

Et ainsi, le murmure des oiseaux, le sursurrement des bosquets et le fond monotone et oublié de la mer éternelle dotaient notre vie abandonnée d’une auréole de ne pas la connaître. Nos y dormîmes des jours éveillés, contents de n’être rien, de n’avoir ni doutes ni espoirs, d’avoir oublié la couleur des amours et la saveur des haines. Nous nous croyions immortels…

Fernando Pessoa

dans A.Aguia n°20 – Porto août 1913

repris dans Chronique de la vie qui passe

traduction Simone Biberfeld et Dominique Touati

10/18

A propos brigetoun

paumée et touche à tout
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2 commentaires pour Dans la forêt de l’absence (fragment)

  1. nanamarton dit :

    Pessoa s’incarne : c’est nouveau pour moi.
    Merci🙂 !

  2. @ brigetoun : je ne connaissais pas ce texte-là (on en reste parfois aux classiques)… Merci !

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