Dans l’attente de l’orage (fragment)

Sans titreLe jour perd peu à peu ses couleurs sous un étrange voile noir bleuté traversé par quelques éclairs. Le vent se lève sur la rue aussi vite que les regards sur toi. C’est l’heure de manger. Les questions à ton sujet sont dans toutes les bouches pleines de nouilles, d’herbes et de viande. C’est à croire que l’orage s’apprête à s’abattre sur toi, rien que sur toi qui es déjà au centre de la rumeur du quartier, à la merci de l’humeur, du caractère venimeux de son voisinage, de sa langue bien pendue. La main sur les lèvres, ils ne cessent de chuchoter, de rire, de te médire jusqu’au délire…

Écoute, écoute mieux : ce que tu prenais pour des coups de tonnerre n’est que le gong de la pagode d’à côté, ce cœur de cuivre qui bat au loin, à l’heure des prières. Entre chaque battement, tu décèles dans la moiteur leurs murmures chargés de souhaits, de tristesse, de paroles qui se confessent pliées en deux comme une lettre adressée au ciel orageux, à l’esprit des ancêtres, des disparus, les deux mains jointes sur un billet de 5000 dôngs. Être entendu par l’esprit d’un mort a un prix, aussi modeste soit-il. Tu regardes de ta fenêtre les allées et venues de centaines de croyants, sans sentiment aucun, les yeux rouges, juste à cause de l’encens qui n’en finit pas de brûler…

Anh Mat

dans l’attente de l’orage

revue nerval.fr

http://nerval.fr/spip.php?article178

A propos brigetoun

paumée et touche à tout
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