la conférence

Sans titreDu temps de la parole, de l’heure et quart où la parole est réellement venue, s’est manifestée, je n’ai en fait rien à dire. Je m’étais assis dans les premiers rangs, pas le premier, mais le troisième je crois, suffisamment près mais pas trop exposé, un peu caché, me mettant un peu à l’abri. La parole elle était double, ils étaient deux à travers qui elle devait se donner à entendre et ce fut le cas, et pendant une heure et quart ce fut ça, entendre la parole avec tout ce qui malgré moi dès que j’y pense s’y faufile du religieux, parce que c’est la parole qui porte le sens, un sens possible du moins, qui indique une direction (et c’est là au fond l’essentiel, oui, si j’essaie de me justifier quand bien même personne dans ce bus n’en aurait rien à faire, de me justifier alors vis-à-vis de la voix rigolarde et néfaste qui souterrainement me travaille, c’est là que loge le différend que je me sens avec ces deux écrivains automates sur scène de tout à l’heure et le public assemblé, c’est que pour moi il en va, je sors le grand mot, il en va de la vie ou de la survie, il en va de la possibilité de l’existence, d’assumer de vivre et que chaque instant ne me crie pas que c’est en vain, cela qui pour moi de toujours se fraie un chemin par les mots, contenus par des livres ou pas c’est égal, rien à faire, mais que les mots touchent, qu’ils m’arrivent en plein visage et me giflent comme une révélation, recomposant tout en moi, que le souffle court je m’empare d’un crayon et griffonne sur un coin de cahier les mots entendus car après tout c’est le mode de réception du divin, la déposition du verbe dans l’adresse que constitue la moindre sourate, la parole fatalement mon dieu mon seul salut, la littérature à qui je demande plus qu’elle ne peut donner et cela que je sais, pertinemment je sais, pourtant toujours continuer, on a beau déconstruire, dans le calme se dire les choses, apaiser la voix de la démolition intérieure, même elle lui faire rendre raison, il y a ça qui revient, il suffit d’éprouver le monde comme ce miraculeux et indifférent dehors qu’il est pour que ça revienne). Ils étaient deux à parler et ils m’ont fait oublier l’estrade, la grande salle au nom ridicule et l’escalier qui y mène, parce que ce n’était pas la vérité faite chair du verbe descendue vers moi mais, je me rends compte, un dialogue, mais un vrai c’est-à-dire une relation là en train de se faire devant nous au moment même où on en était témoins, un dialogue du sens…

Simon Stawski

La parole qui vient

revue nerval.fr

http://nerval.fr

A propos brigetoun

paumée et touche à tout
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