Dynamique de la main

Magal Latil pour texte sur BIl est évident que les lignes en relief tracées avec une pointe de graveur ne peuvent être ni corrigées ni reprises pas plus que ne pouvaient l’être les découpes dans les œuvres précédentes. Ainsi donc, alors que la main paraît s’abandonner à l’impulsion interne, son cheminement ne se prête à aucun repentir. Le secret de l’œuvre de Magali n’est-il pas d’associer une technique imperturbable et froide à la recherche d’une impression mouvante et nuancée ? Sans doute faut-il aller plus loin et souligner dans la démarche de Magali Latil la volonté de rendre visible l’origine invisible, mais à chaque instant présente, d’une poussée créatrice. Conséquence, ses œuvres se présenteraient faussement comme terminées puisque tout contact du regard avec n’importe laquelle de leur partie y ressuscite un mouvement qui, tout en allant vers son achèvement, conserve dans son trajet sa dynamique originelle et la perpétue. Il ne s’agit donc pas pour l’artiste de s’accomplir dans l’œuvre terminée mais dans la tension en train toujours de faire œuvre. L’aboutissement compte moins que le chemin qui, en allant jusqu’au bout de ce qui est provisoirement tout son trajet possible, atteint cependant l’accomplissement. À la différence des œuvres « finies », celles de Magali demeurent ouvertes puisque toutes leurs parties appellent le regard du spectateur à faire en elles l’expérience du chemin vers le tout. Mon travail, dit Magali, n’a pas pour but de faire de la beauté, mais uniquement de créer du liant… Et qu’est-ce que ce « liant » sinon la matière spatiale dont l’inépuisable plasticité fait mouvement dans le visible en nourrissant des formes qui la révèlent sans la fixer. Reste que tout en s’interrogeant sur la nature de cette matière que le travail de la main rend visuelle, il faut bien reconnaître que, pour demeurer expansive, elle doit être représentée contradictoirement à l’intérieur d’un bord qui semble la contenir. Les horizontales se succèdent en hauteur comme si elles empilaient des strates d’air mais, en observant leur ensemble, le regard voit se profiler une cage thoracique, c’est-à-dire la grille sur laquelle Magali Latil dispose couramment ses mouvements spatiaux. Toute forme serait-elle hantée par la nécessité d’un squelette ?

Bernard Noël

Terres d’encre

Magali Latil – dessins, livres

http://www.terresdencre.com/ecriture/media/chemins-de-traverse/amis/catalogue%20de%20l-exposition%20de%20Magali%20Latil%20a%20la%20villa%20Tamaris.pdf

A propos brigetoun

paumée et touche à tout
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2 commentaires pour Dynamique de la main

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