l’Amazone, mon bateau d’Emigrants

pour Dickens sur brigetounMon bateau d’Emigrants est amarré le long du quai. Deux grandes passerelles faites d’espars et de planches le relient au quai ; et, du haut en bas de ces paserelles, grouillant en un va-et-vient permanent, entrent et sortent, comme des fourmis, les Emigrants qui vont naviguer sur mon bateau d’Emigrants. Certains avec des choux, d’autres avec des pains, du beurre et du fromage, du lait et de la bière, des boîtes, des lits et des balluchons, certains avec des bébés – presque tous avec des enfants – presque tous avec des bidons neufs en fer blanc pour leur ration journalière d’eau, évoquant le goût désagréable de fer blanc que devait avoir leur boisson. Allant et venant, montant et descendant, à bord et à terre, mes Emigrants se pressent de-ci, de-là, en tous sens. Et même lorsque la Grille du Quai pivote sur ses gonds, des voitures arrivent, des chariots arrivent, des fourgons arrivent, amenant davantage de mes Emigrants, avec encore des choux, des pains, du beurre et du fromage, du lait et de la bière, encore des caisses, des lits et des balluchons, des boîtes en fer-blanc, et ajoutés à ces investissements maritimes, des intérêts capitalisés en enfants.

Je monte à bord de mon bateau d’Emigrants. Je gagne d’abord la grande cabine, et la trouve dans un état habituel pour une cabine en de telles circonstances. Elle est envahie d’hommes en sueur, entourés de feuilles volantes, de plumes et d’encre ; et le spectacle de l’ensemble est le même que si le convoi funèbre de feu M. Amazone était juste rentré du cimetière, les administrateurs de l’inconsolable Mme Amazone trouvant les affaires en grand désordre, et fouillant le bateau de fond en comble à la recherche du testament. Je sors sur la dunette, pour trouver de l’air, et observant les Emigrants sur le pont inférieur – en fait il y en a partout autour de moi, même à ce niveau – je remarque d’autres plumes et d’autres encriers en action, d’autres….

note : il s’agit d’un bateau de mormons partant vers le grand lac salé

Charles Dickens

Le voyageur sans commerce

traduction par Catherine Delavallade

illustration de David Prudhomme

L’arbre vengeur

A propos brigetoun

paumée et touche à tout
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3 commentaires pour l’Amazone, mon bateau d’Emigrants

  1. nanamarton dit :

    Merci pour ce texte que je ne connaissais pas… assez impressionnant !

  2. walachniewicz dit :

    j’ai envie de le lire, merci pour la découverte !

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