Séparation

Sans titrel’adieu m’avait retourné, s’était accompli quasiment sans que je ne m’en rende compte, comme quelque chose qui se désagrège dans la main, simplement par la chaleur du pouls dans la paume ; par la diffluence des vaisseaux sanguins ; et chacun de nous, c’était déjà en cours, suivait son propre ruisseau, divisé de l’autre, issu d’un flux commun que nous avions fait nôtre. Déjà je n’avais plus son torse entre mes bras, ni son épaule pour m’entrechoquer ; dans les clubs aux lumières bleu rouge violentes et contrastées – cette lumière de nuit qui nous passait à travers, les vibrations à contre-temps de la musique trop forte -, dans ces brasseries cuivrées où tout n’était que griffures, j’irai peut-être encore attraper à la volée quelques regards hostiles pour éprouver mon existence ; mais à l’infra-jour, à l’ouverture des portes de ces endroits minés, au moment de déverser leur trop-plein d’écarquillés, je n’aurai plus au bras que la mémoire de la tenaille, la crampe de m’être trop longtemps souvenu, la violente morsure de l’isolement et de l’inaccomplissement.

Gabriel Franck

Laques

publie.net

http://librairie.publie.net/fr/ebook/9782371771246

A propos brigetoun

paumée et touche à tout
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Un commentaire pour Séparation

  1. arlette dit :

    Une déchirure …

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