Monologue à la nuit

Sans titreQu’avec la forme floue de l’ombre

Je me disperse et disparaisse

En mon être indistinct !

Prends-moi, ô nuit géante, change-moi en une part

De ta froidure et de ta solitude,

Transforme ma substance en tes gestes

Immobiles, silencieux, incertains,

Lie-moi à ton sens du néant…

Que je devienne parcelle

Des racines nocturnes et des branches

Qui tremblent au clair de lune… Que je sois pour toujours

Un paysage au versant de toi…

Dans une inconscience absolue

Que je sois le mouvement irréel de ton baiser,

La lueur de ton clair de lune sur les montagnes hautes

Ou même ton absolue noirceur, que je sois

Ce que tu es seulement et rien d’autre…

Suspends-moi à ton aérienne création,

Engage-moi avec les étoiles et l’espace !

Et que mon vaste orgueil se contente enfin

De ton avoir infini, et que la vue ait

Pitié de moi dans la miséricorde

De ton calme innombrable et doux…

Fernando Pessoa

Faust

traduction de Pierre Léglise-Costa et André Velter

Christian Bourgeois éditeur

A propos brigetoun

paumée et touche à tout
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