Le trauma et le pouvoir des images

Sans titreNous avons mené avec Henri Parens, professeur en psychiatrie au Jefferson Hospital de Philadelphie, un travail avec des enfants français et américains qui avaient vu les images du 11 septembre 2001 à la télévision. Certains enfants français étaient traumatisés et faisaient des cauchemars, alors que les évènements s’étaient produits à de milliers de kilomètres de chez eux. D’autres enfants – français et américains – n’avaient pas été traumatisés. La différence ne se jouait pas sur le réel, mais sur la niche sensorielle dans laquelle les images ont été reçues ; dans un cas, elle était sécurisante, et les enfants n’ont pas été traumatisés ; dans l’autre cas, les parents étaient eux-mêmes insécurisés par ce qu’ils voyaient, et ils ont transmis ce sentiment à leurs enfants. Cela permet de comprendre comment un même fait peut être éprouvé de manière totalement différente ; cela diffère selon notre entourage affectif, son soutien, selon la verbalité, le récit que les autres – dans notre cas, les adultes – font des évènements qui se produisent. Ce n’est donc pas le réel qui provoque le trauma, c’est le réel qui alimente une représentation du réel et qui peut faire un trauma ou non, selon la manière dont notre entourage en parle.

L’image a donc une fonction sémantique. Freud disait : «L’image rabaisse la pensée». Nous pouvons reformuler cela différemment : l’image schématise la pensée ; ainsi faisant, elle prend un pouvoir encore plus fort. Si vous voulez avoir des convictions, il faut posséder le moins de connaissances possible. Si par malheur, vous avez des connaissances, vous allez nuancer, relativiser et les images seront moins claires. Or, ces images du 11 septembre ont été sémantisées ; les avions n’ont pas visé n’importe quelles tours et il s’agissait d’un discours sémantique d’images qui avait pour objectif de bouleverser les gens. Les images du 11 septembre 2001 sont un chef-d’oeuvre de terrorisme, puisque l’enjeu avait été de bouleverser un maxomum de personnes grâce à des passages télévisés à heures de grande écoute…..

Boris Cyrulnik

entretien avec Denis Peschanski

Mémoire et traumatisme :

l’individu et la fabrique des grands récits

ina éditions

les entretiens de Médiamorphoses

A propos brigetoun

paumée et touche à tout
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Un commentaire pour Le trauma et le pouvoir des images

  1. arlette dit :

    Plus encore que les images subliminales , Adore Cyrulnik ,le voisin

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