Le «Régime des solitaires» d’Ibn Bâjja

Sans titreCes solitaires se sont des hommes qui ayant atteint à l’union avec l’Intelligence active, peuvent alors former un Etat parfait où il n’y ait besoin ni de médecins, parce que les citoyens ne se nourriront que de la manière la plus convenable, ni de juges, puisque chaque individu aura atteint la plus grande perfection dont un être humain soit capable. Pour le moment, dans tous les Etats imparfaits où ils vivent, les solitaires, sans autre médecin que Dieu, ont pour tâche de devenir les éléments de la Cité parfaite, ces plantes que doit précisément cultiver et développer le régime préconisé par le philosophe Ibn Bâjja, comme devant conduire à la béatitude du solitaire. Ce mot, donc, s’applique aussi bien à l’individu isolé qu’à plusieurs à la fois, car tant que la communauté n’aura pas adopté les moeurs de ces solitaires, ils resteront des hommes qu’Ibn Bâjja, en se référant à Gârâbi et aux soufis, désigne comme des étrangers dans leur famille et dans leur société, étant les citoyens des républiques idéales que leur audace spirituelle anticipe. L’étranger (gharib) , l’allogène ! Le mot vient de l’ancienne Gnose, traverse les propos des Imâms du shi’isme, domine le Récit de l’exil occidendal de Sohravardi, et nous atteste, chez Ibn Bâjja, que la philosophie en Islam se sépare difficilement de la gnose.

.. Pour expliquer sur quoi est fondé le régime de ces solitaires, il faut tout d’abord classer les actions humaines en fonction des formes auxquelles elles visent, et corollairement déterminer les fins de ces actions en fonction des formes auxquelles respectivement elles visent. D’où Ibn Bâjja développe, avec une vigueur spéculative extraordinaire, une théorie des formes spirituelles que l’on ne peut évoquer qu’allusivement. En résumant à l’extrême, on dira qu’elle distingue entre les formes intelligibles qui ont à être abstraites d’une matière, et les formes intelligibles qui, étant essentiellement en elles-mêmes séparées de la matière, sont perçues sans avoir à être abstraites d’une matière. Le régime du solitaire le conduira à percevoir les premières dans un état et dans des conditions qui, finalement, reproduiront l’état et les conditions des secondes…

Henry Corbin

Histoire de la philosophie islamique

folio/essais

P S pour Ibn Bâjja ou Avempace (Saragosse 1085 – Fès 1138)

http://fr.wikipedia.org/wiki/Avempace

A propos brigetoun

paumée et touche à tout
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3 commentaires pour Le «Régime des solitaires» d’Ibn Bâjja

  1. Rassemblement de « solitaires » à Palmyre ?

  2. Lelius dit :

    Henry Corbin : un des meilleurs guides, sans doute, pour visiter le monde d’aujourd’hui…
    Merci !

  3. brigetoun dit :

    Dominique – si je ne m’abuse Ibn Bâjja était shi’ite

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