Tu aurais dû revenir

Sans titreTu aurais dû revenir. J’ai toujours pensé qu’il eût mieux valu pour la famille que ce soit toi plutôt que moi. Ils avaient besoin d’un mari, d’un père plus que d’une soeur. C’est étrange, je sais, de raisonner ainsi. Mais depuis cette prophétie que tu m’avais faite à Drancy, j’ai toujours pensé ta vie contre la mienne. Et c’est ce que j’ai lu dans les yeux de Michel sur le quai où il est venu me chercher avec l’oncle Charles. C’est toi qu’il attendait. A Birkenau, je te l’ai dit déjà, j’avais oublié son prénom, mais je l’associais à toi, comme une jambe ou un bras, je le voyais dans ses culottes courtes de velours sombre, traînant un bâton de bois où remuaient des petits poussins jaunes dès qu’il avançait, vous alliez, à travers les champs qui entouraient le château, il ne te lâchait pas. Ton arrestation fut pour lui une amputation. Il a dû demander après toi, on lui a probablement répondu que tu allais revenir. Mais c’est moi qu’il a vu sur le quai. Il était si petit, si frêle encore.

Très vite ensuite, il a montré des signes alarmants auxquels nous n’avons pas suffisamment prêté attention. Il n’ a pas tenu lontemps en pension, il s’isolait, refusait de se laver. Alors Maman l’a retiré, confié à Henriette. On a évacué sa douleur comme mes souvenirs…

Marceline Loridan-Ivens

Et tu n’es pas revenu

Grasset

A propos brigetoun

paumée et touche à tout
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