Biographie

Sans titreelle, la fille d’instituteur du marais mouillé, temps de guerre, avec sa soeur Yvette à l’Ecole Primaire Supérieure de Jeunes Filles de Luçon, année scolaire 1942-1943, elle a onze ans, et c’est seulement dans huit ans qu’elle sera pour la première fois institutrice, et elle écrit elle-même, sur une page où elle a collé les bons d’achat de chaussures et de cahiers d’écoliers visés par le commissariat : «On savait ne revenir qu’à Noël et à Pâques, c’était long, c’était loin. Au début, on a beaucoup pleuré. Plus d’un kilomètre pour aller à la gare dans le matin froid, le père roulant sur son vélo les deux valises trop lourdes. D’abord un omnibus dont chaque compartiment indépendant donnait sur le quai et qui crachait des escarbilles, on changeait à La Roche pour un express qui s’arrêtait partout. On retrouvait les locaux froids, la nourriture insuffisante et détestable. Ni les biscuits vitaminé qu’on nous donnait, ni le miel de la maison gardé sous clé dans la boîte à provisions ne nous en consolaient. Aux grandes sorties mensuelles on n’était plus qu’une quinzaine. Sous prétexte que son mari avait connu notre oncle, la prof de math la plus rigoureuse nous prenait parfois à goûter. Merci Mme Bastié mais ça passait mal. Au fil du temps, les parents ont accepté qu’on aille chez une copine. C’est comme ça qu’à quatorze ans j’ai été accueillie chaleureusement à Saint-Michel.» Elle est la copine de la fille, elles ont quatorze ans, et le garçon de la famille, avec ses vingt et un ans, a déjà son attestation de FFI, des cheveux en brosse un peu trop longs, sa moto, ce qu’il porte d’assurance dans les yeux (ce qu’il dit son baptême du sang c’était juste avant). Sept ans de plus qu’elle, à cet âge, c’est un monde. Ils se marieront six ans plus tard: de ces choses-là de l’image du fils mécanicien, de la maison où elle est accueillie, avec les pompes à essence, les cloches de l’église au matin dans la chambre dite bleue qu’elle partage avec la soeur, et savoir même s’il est là la première fois, le fils, ou si seulement elle en entend parler, si une fois les deux gamines il leur fait le tour du village sur la moto et tout ça ce ne sont pas des choses qu’on évoque avec elle: on les écrit ici, on lui donnera le livre, on n’en parlera pas…

François Bon

«Mécanique»

collection Raison double

Tiers livre éditeur

http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article3619

A propos brigetoun

paumée et touche à tout
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