Pêche interdite

Sans titreFallait pas s’éterniser, du bord, je balançai une ligne de fond plombée à l’eau, un fil de nylon pour remonter discrètement le butin éventuel et on plongea direct, sans état d’âme, un petit rocher dans les bras pour couler plus vite et dériver le moins possible. Comme des météores on a traversé les deux premières couches, la boue et la blanche ; la troisième nous surprit, elle se réduisait à quelques dizaines de centimètres de visibilité, glauque mais relativement calme, le minimum indispensable et on a fait avec, plutôt bien. Le premier obstacle rencontré nous a ensuite servi de repère. On n’a pas tout de suite compris de quoi il s’agissait, une étrange coupole plantée dans le limon… C’est en la touchant, les vitres concrétionnées, le toit arrondi gommé par le brouillard blanc, qu’on a réalisé : une épave de bagnole enfoncée dans la vase. On était loin de l’antiquité gréco-romaine. On ne s’est pas attardés à chercher la marque. Une pente raide, le fond descendait, la visibilité atteignit un mètre, je n’en attendais pas tant. On glissait dans un trou entre deux parois de vase dense. Collé au ras du fond, reptant comme un ver, Aristide a découvert la première amphore. Il s’est tourné vers moi, masque à masque, pour vérifier dans mon regard si c’était bien ce qu’on espérait. J’ai confirmé en clignant des yeux. Il s’est fendu d’un sourire banane.

Le flux violent avait ratissé large et roulé les amphores dans cette ravine où elles s’étaient arrêtées. Je l’ai aidé à la décoller de la boue et à la vider des sédiments pour insuffler de l’air à l’intérieur. Plus légère, transformée en bouée entre deux eaux, nous la manipulions aisément. Admiration, une longue italique ocre, lisse, intacte, comme neuve ; trois mètres plus loin, une massaliote grise, bien sphérique, pansue, le gros lot.

Incrédule devant notre pêche miraculeuse, il colla de nouveau son masque au mien, les yeux ronds ; il imaginait déjà le fric dans nos poches. Le Corse nous en donnerait dix mille francs pièce et c’était lui, le fourgue, le grand gagnant, il les revendrait facilement le double à des antiquaires peu scrupuleux sur leur provenance. Vite, vite, il nous en fallait d’autres, mais d’abord ramener celles-là, et garder la tête froide.

Michel Torres

la saga de Mô – 2. Aristide

http://librairie.publie.net/fr/ebook/9782371710061

Publie.net

photo http://lasagademo.publie.net

A propos brigetoun

paumée et touche à tout
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