photos perdues, et photos qui auraient pu être

Sans titreTout ne serait pas perdu, un certain nombre de photos et de vidéos avaient été transférées de mon iPhone vers mon ordinateur, pour certaines je pouvais même dire précisément lesquelles puisque j’avais récemment passé une après-midi entière à commencer à les classer. C’était la preuve sans doute que je m’étais résolue au départ. Car auparavant, je n’avais jamais rien classé, trop occupée par la captation de nouvelles images pour me soucier de celles déjà faites. En parcourant ces albums, j’avais surtout été frappée de ce que tout le hors-champ ait soudain rejailli. Ainsi, j’avais regretté de ne pas avoir fait une série sur les motels/hôtels où nous nous étions arrêtés. J’aurais assurément eu là une matière intéressante. J’aurais photographié les intérieurs de chambres et, des uns aux autres, la certitude de ne pas se trouver au même endroit, aurait plus d’une fois été ténue tant les configurations, en particulier celle tenant à mettre deux lits queen size côte à côte – à la place d’un king size – flanqués de meubles couleur acajou, se ressemblaient. J’aurais photographié les salles de bain, les essuie-mains, serviettes, petites et grandes, et échantillons généreusement mis à disposition, et aussi les éléments de robinetterie, et j’aurais souri en pensant à quel point l’eau chaude et la pression étaient source d’un bonheur sans mélange pour Simon que ses années chez les Jésuites, le filet d’eau glaciale en hiver, avaient légèrement traumatisé. J’aurais photographié les salles de petit-déjeuner, et souvent, bien malin là encore, celui qui aurait réussi à faire la différence entre elles. On aurait vu le buffet, toujours le même, avec successivement, comme dans un self, les couverts en plastique, le sucré – avec parfois ses machines qui faisaient des pancakes toutes seules, il suffisait d’appuyer sur un bouton et dix secondes plus tard, le pancake, directement sorti de la machine, tombait quelques centimètres plus bas dans une assiette –, ses muffins et autres donuts savamment disposés dans de petites armoires en plexiglas comme s’il s’agissait de souligner leur essence plus noble, le salé avec l’incontournable duo saucisses/Hash Brown Potatoes honni par Simon dans ce genre d’endroit – « C’est vraiment trop dégueulasse ! » –, mais qu’il se forçait malgré tout à manger quand il était probable – les provisions de barres protéinées, de pommes et d’abricots secs conservées dans la voiture ne comptaient pas – qu’il n’y aurait pas d’autre repas avant le soir, enfin les boissons, et pour le café, inutile alors d’espérer un expresso, celui qui se déversait dans des gobelets en polystyrène ressemblait au café des thermos de mon enfance.

Anne-Sophie Barreau

MacGuffin

Publie.net

http://librairie.publie.net/fr/ebook/9782371710245

A propos brigetoun

paumée et touche à tout
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