La marchande de marmelade

Sans titreLa commère pressée de réaliser une vente qui s’annonce fameuse se rue à l’intérieur.

Passe un troupeau de buffles, on s’écarte.

Il serait tout de même cocasse qu’elle nous redoute comme si nous nous proposions de concurrencer son négoce ! Lorsque nous entrons à notre tour dans la chambrette, moi et mes lecteurs, moi d’abord, pardon, il le faut bien, je dois vous introduire, elle a déjà déballé tous ses pots et déroule d’une traite son boniment.

Sa marmelade est à la marmelade ce que l’or fin est au fer blanc.

Qui a mangé une fois de sa marmelade recrache désormais la crème et l’ambroisie.

Sa Sainteté le pape en fait dit-on remplir chaque matin un bassin de marbre cruciforme pour se baigner dedans et le Prince d’Orient a ordonné à son chirurgien personnel de lui ouvrir une deuxième bouche à côté de la première afin de pouvoir en engloutir davantage.

On a vu des prunes, des coings, et même des abricots rouler depuis leur branche dans son chaudron fumant pour en être. On a vu des abeilles fermer boutique après avoir goûté sa marmelade puis s’exiler dans des pays sans fleurs et butiner des cailloux par dépit et mortification…

Eric Chevillard

«Le vaillant petit tailleur»

Les Editions de Minuit

A propos brigetoun

paumée et touche à tout
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Un commentaire pour La marchande de marmelade

  1. arlette dit :

    Délectation imagée

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