1er novembre 1776

Sans titreà Marie-Jean-Antoine-Nicolas de Caritat, marquis de Condorcet

Raton (1) n’avait que parcouru Pascal (2), pendant qu’il faisait relier Réflexions sur le comm.. (3). Raton a été tout étonné de se sentir intéressé par cet ouvrage qui ne roule que sur des pauvretés humaines après s’être vu enlevé par la sublime métaphysique et pas les grands objets qui se présentent dans Blaise.

Il y a je ne sais quoi de divin dans ce mélange de Blaise-Condor. Mais les Réflexions sur le comm.. sont si humaines que Raton y est entré tout de suite avec un extrême plaisir, quoi qu’il eût la tête encore pleine de l’éloge de Blaise, de l’argument de Loke, de l’incertitude de nos connaissances naturelles, d’Epictète et de Montaigne, de l’addition, et de l’Amulette mystique.

Raton revenant donc de ce troisième ciel dans notre monde a été charmé quand il a lu, L’homme aime mieux dépendre de la nature que de ses semblables ; il souffre moins à être ruiné par une grêle que par une injustice. Il a ri à la grandeur des riches, à l’enveloppe des principes dans la pensée (4). Il se souvient d’avoir fort connu celui qui disait : J’aime bien ma maison de campagne, mais j’aime mieux Dieu et la vertu. C’était le plus ladre vert qui fut à cent lieues à la ronde. C’était lui qui disait : On en veut toujours à ces pauvres riches.

Raton est écrasé dans sa chatière. Raton perd le fruit de tout ce qu’il avait entrepris depuis six ans. Il avait cent maisons bâties devenues inutiles (5). In vanum laboraverunt qui edificant eam (6). Il est écrasé de toute façon, et cependant il est engagé à la reconnaissance envers la compagne de l’Enveloppe des pensées, parce qu’au bout du compte cette compagne et ce même Monsieur de l’Enveloppe se sont chargés de sa chatière il y a quelques années, et que les services ne doivent jamais s’oublier.

Raton ne sait plus comment se conduire avec ce monde qu’il va bientôt quitter, il miaule plus qu’il ne raisonne. Il se prosterne devant Monsieur Plusquefontenelle.

1 – Raton est le nom que se donne Voltaire quand il écrit à MM. d’Alembert et de Condorcet, les deux Bertrand pour qui il retire les marrons du feu, afin qu’ils se mettent en campagne pour les causes de ces marrons (voir La Fontaine)

2 – l’éloge de Pascal de Condorcet

3 – Réflexions sur le commerce des grains réponse au livre anonyme de Necker Sur la législation et le commerce des grains

4 – l’Enveloppe devint un sobriquet de Necker

5 – la «colonie» de Ferney

6 – ceux qui l’ont édifiée ont travaillé en vain – Psaumes CXXVI

Voltaire

correspondance – tome XII (janvier 1771-juin1777)

Bibliothèque de la Pléiade

Houdon – buste de Condorcet en terre cuite – Louvre

A propos brigetoun

paumée et touche à tout
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Un commentaire pour 1er novembre 1776

  1. arlette dit :

    Toujours réjouissant cet humour subtil

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