Jacques Ancet

Sans titreJ’ai découvert Jacques Ancet par un livre-phrase, un livre dont on se souvient par la structure même et le chant de la phrase, les couleurs qu’elle sait poser en avant d’elle, le monde qu’elle convoque et dont vous laisse irrémédiablement mémoire, et la mémoire vôtre qu’elle vous contraint d’appeler et raffermir par les figures qu’elle y incruste, celles même de cet appel. Ce livre s’appelait L’Incessant.

Et parce que L’Incessant était dans mon paysage de vie, paysage de livres, le nom de Jacques Ancet restait comme une porte, pour chaque texte qu’il signalait, où le rendez-vous reprenait de même force.

L’Incessant ne fait pas l’économie du lyrisme, du continu, de la langue honorée pour elle-même. Ce qu’on apprend dans la poésie, mais qui s’exerce dans la prose. Il y a d’autres musculaires en poésie, Jacques Dupin ou tant d’autres, mais la prose vous contraint à l’humilité du monde. Les mots qu’on appelle et agit ne valent pas sans la réalité – résistante, décevant, muette, terriblement usante – qu’ils nomment. On est dans un monde soumis à la violence, à l’incapacité de se sauver lui-même, un monde qui ne sait pas conjurer la part chaotique de son histoire. Cette violence traverse de part en part les grandes nappes rassemblées par Jacques Ancet, traitent de cette violence même dans Le silence des chiens, et tissent ensemble ce qu’on est quelques-uns à savoir une oeuvre masse, une oeuvre décisive, une architecture d’ampleur sous le titre d’Obéissance au vent.

On ne déploie pas un tel travail sans un axe fort, une novation particulière. Il faisait partie du destin de Jacques Ancet d’hériter du plus fragile, du plus difficile, mais précisément là où nous avons le plus besoin qu’on nous enseigne, qu’on nous offre : l’écoute, la voix. Traversez par où vous voulez ce qu’il nous lègue, on trouvera le temps, on trouvera la voix, «l’amitié des voix»…

François Bon

«Obéissance au vent (Jacques Ancet)»

dans

«Contemporains»

Raison double

http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article3619

photo provenant de http://www.publie.net/jacques-ancet-obeissance-au-vent-le-cycle-enfin-complet/

A propos brigetoun

paumée et touche à tout
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