du temps..

Sans titreelle dit aussi : à la maison tout me dérange ou surtout, j’ai tendance à me chercher toutes sortes d’empêchements pour ne pas sauter le pas

telle que vous la voyez là, elle s’y est mise, sauté, le pas, la pointe-feutre attaque le papier (si je l’oublie, j’en achète vite un autre au comptoir) (j’aime que les choses dont je me sers pour travailler ne soient rien) et le rituel sera respecté (veuillez noter au passage que la reconstitution est malgré ce de grande qualité) : elle écrira, comme chaque jour, du lundi au dimanche sans exception, de neuf heures et demie à midi.

Pas question de l’interrompre, vous n’y pensez pas, mais si elle pouvait vous parler, elle insisterait sur l’extrême lenteur du travail, elle répèterait qu’il lui faut entre trois et cinq ans pour un roman, qu’elle commence par un premier jet, s’efforçant de décomposer les mouvements à la manière d’un film au ralenti, ce qui lui demande au moins deux ans, puis il s’agit de récrire le tout… Cette fois travailler sur chaque mot, comme s’il s’agissait d’un poème

du temps, du temps, rien que du désir, du travail et du temps

du temps pour écrire

du temps pour lire

du temps pour rien faire, très important le temps pour rien faire, là que ça fermente, de là que sortent tout droits étonnés des agencements nouveaux de sons et d’images

du temps pour écouter, observer

du temps pour vivre

du temps pour avoir envie

..

Juliette Mezenc

«Dans la chambre de Nathalie Sarraute»

dans

«Elles en chambre»

éditeur – l’Attente

A propos brigetoun

paumée et touche à tout
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