la place de Civray

Sans titreLa place témoignait de cette prospérité dont il nous fallait comprendre être partie prenante: la librairie Baylet (désaffectée aujourd’hui, et même panneau à vendre a jauni), avec cette odeur de plastique des fournitures scolaires, les stylos plumes sous vitrine et les mappemondes à éclairage incorporé qui si longtemps me firent rêver, plus besoin d’aller à Luçon une fois le mois, et c’était bien mieux qu’à Luçon. Il y avait les tissus Gardès, ses costumes et pantalons, une épicerie, et enfin l’ectroménager Chauveau plus ; dans la petite rue du Commerce la quincaillerie Chandernagor (non par exotisme, mais bien parce qu’il s’agissait de la famille Chandernagor, et eux vivaient comme nous au premier étage du magasin, on pouvait même, avec Chandernagor fils qu’on abréviait en Chander, se rejoindre en empruntant les toits). Le garage, qui avait droit de cité sur la place, serait le premier à quitter le champ, et l’électroménager Chauveau, alors sur la vieille place tout un enfoncement où rayonnaient les écrans de téléviseurs neufs, les machines à laver encore à la conquête des fonds de village, avec les présentoirs à merveille, comme la récente apparition de ces minuscules appareils radio transistor à piles, avec bracelet pour les suspendre au poignet en balade. Le midi, la vie évidemment partout s’arrêtait, et avant que sonnent deux coups à l’église, on assistait à cette scène toujours répétée : le pharmacien Guinot, l’horloger Logeais et le marchand de tissu Gardès marchant de long en large sur la place, dans un immuable aller-retour, quelquefois rejoints par l’archiprêtre (c’était son titre officiel, au curé de la vieille église romane au fond de la place), sorti de son presbytère. D’ailleurs un curé de ville, en strict costume noir, tandis qu’à Saint-Michel le curé était encore en soutane. L’horloger, avec sa vitrine discrète de montres, réveils et bijoux, était un notable de fait, au rôle social précis, de la timbale de baptème à la bague de fiançailles. Puis une montre affichait plus clairement son homme, à l’époque, que sa voiture : ça allait vite changer, mais ni lui ni mon père ne s’en doutaient encore.

François Bon

Mecanique

Raison double

http://librairie.immateriel.fr/fr/ebook/9782814510395

A propos brigetoun

paumée et touche à tout
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