soir d’une vie de danse

Sans titreIl est loin le temps où ses professeurs lui répétaient comme un mantra de maîtriser son corps, de le dompter, de le contraindre pour devenir une véritable danseuse. Comment a-t-elle pu croire cette directive oppressante ? À quinze ans, on a confiance dans les paroles des professeurs qu’on admire, surtout ceux de l’opéra de Paris. Jusqu’à ce qu’on soit éjectée comme une moins que rien. Comme si tous les efforts des années précédentes comptaient pour du vide. Et alors l’espoir de devenir danseuse professionnelle se désagrège. Et on est démuni, parce qu’on n’a jamais songé à quoi que ce soit d’autre. Et on pleure, et on pleure, et on pleure. Et puis on redresse la tête, et on jure en son for intérieur que personne ne se mettra en travers de ses rêves. Et on y va. Alors, on voit que le monde est multiple, qu’il y a d’autres options, et que le corps n’est pas une chose que l’on dresse. Et on rencontre, et on apprend, et on vit, et on danse. On danse.

Ce soir, Angéline veut s’éterniser, danser encore et encore, pour toujours. Elle sait que la musique va s’arrêter. Les larmes inondent son corps à l’intérieur, elle ne peut pas stopper leur déversement ininterrompu, pas plus que le déferlement de tristesse. Elle pleure comme lorsqu’elle avait quinze ans, même si ses larmes se sont réfugiées dans la chaleur de son corps. Elle se demande, de nouveau, ce qu’il va advenir d’elle. Elle a beau savoir que le monde est immense et que la vie se déploie à l’infini, elle craint de ne plus avoir assez de force, cette fois. Ce soir, elle ne devrait pas être là. Comme elle n’aurait pas dû être à New York, à Cuba, à Londres ou au Sénégal.

Cécile Benoist

Angéline danse

http://nerval.fr/spip.php?article156

sur la revue nerval.fr

A propos brigetoun

paumée et touche à tout
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Un commentaire pour soir d’une vie de danse

  1. Lelius dit :

    Une passion qui reculerait devant la peur de la mort ne saurait être une passion : « Danser jusqu’à en mourir. »

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